Nils Petter Molvaer a tout du Diesel. Il prend du temps à se chauffer, mais finit à toute allure. Autre formulation: le trompettiste norvégien a bien lu La Fontaine. Il part à point, ne se presse pas, mais gagne à l’arrivée. Retour sur son ébouriffant concert à Jazz à La Villette.
Trois musiciens, une bonne bardée de pédales d’effets, des centaines de possibilités. Si on y ajoute un ordinateur rempli de sons extraterrestres et un écran géant tenu par un artiste amoureux de psychédelisme, le décor est planté et les possibilités d’orgie musicale se démultiplient. Si avec Nils Petter Molvaer les préliminaires prennent du temps, la mise en action offre son lot de secousses. Plus de deux heures de show à mille lieux du vibrant et serein « Hamada » qui sort ces jours-ci. Non, un concert agité, agitant, perturbant qui poussa même une partie du public à quitter les lieux (c’est toujours bon signe). Si Molvaer est capable de tirer des larmes même à un bloc de glace de mauvais poil (Icy Altitude en fin de concert en duo avec la guitare mutante d’Eivind Aarset, le genre de morceau où même les sièges de la salle retiennent leur souffle), il préfère se lancer, en concert, dans des expérimentations tantôt bruitistes, tantôt rock, souvent électroniques, parfois aux frontières du réel. Sa trompette prend des accents de robot (parfois même un peu trop, la sonorité « pure » du Norvégien vaut largement le coup aussi) et, mariée à la six-cordes protéiforme d’Aarset, transporte dans un univers sombre, évocateur et diablement suggestif. Avec Molvaer, le public se transforme peu à peu en « spect-acteur ». Et les images diffusées sur écran deviennent quasiment superflues tant les idées naissent d’elles-mêmes à l’écoute de ces instants norvégiens. Ce tableau clair-obscur ne serait pas complet sans évoquer Audun Kleive. Le batteur a réussi l’exploit de capter l’attention d’une salle entière en se présentant seul, en plein milieu du concert, armé d’un seul gong et de dix doigts. Une performance qui est à la batterie ce que Usain Bolt est au 100m.
Eivind Aarset, comme un air de Cobain
Pour ceux qui se mordent encore les doigts de ne pas s’être déplacés, il reste encore quelques chances d’admirer Nils Petter Molvaer. Toute cette semaine sur Criss Cross… ou à l’automne sur les routes de France et de Navarre.
Le 26 septembre au festival Marsatac (Dock des Suds, Marseille)
Le 15 octobre au festival Les Nuits Européennes (Schiltigheim)
Le 16 octobre au festival Jazzèbre (El Mediator, Perpignan)
Le 17 octobre au Jam de Montpellier.



