David Sylvian publie cette semaine son nouvel opus très très très attendu. Wire, à la pointe de l’actu, comme à son habitude, consacrait sa une le mois dernier au délicat Anglais. Extraits de cette plante essentielle.
Tout commence par une rupture, comme souvent. Mais celle de David Sylvian est un peu particulière, c’est le label Virgin que l’Anglais a quitté en 2003, après vingt ans de relation fructueuse, pour fonder sa propre structure, SamadhiSound. Grâce à celle-ci, il donna naissance à un triste mais beau bébé, « Blemish », son dernier chef-d’oeuvre solo en date où Derek Bailey venait lui prêter guitare forte. Cette fois-ci, Sylvian s’est adjoint les services d’autres « sidemen » de premier plan, le guitariste Otomo Yoshihide, le saxophoniste Evan Parker et son Electro-Acoustic Ensemble ou encore le touche-à-tout, Christian Fennesz. Et le gentleman de la pop de raconter comment la crise du disque lui a paradoxalement permis de s’entourer d’une dream team de musiciens. « Depuis la chute des majors, il y a toute une brochette de musiciens qui jouent les uns avec les autres sans avoir de compte à rendre à un label ou à leur management – ou très peu. Donc je n’ai pas besoin d’aller voir le manager d’Evan Parker pour parler à Evan, c’est beaucoup moins contraignant. »
L’ex-Japan revient sur les raisons qui l’ont poussé à convier des as de l’improvisation free. « On ne peut que leur donner carte blanche. Tout tient alors au choix scrupuleux des musiciens avec lesquels vous allez travailler. Connaître parfaitement leurs spécificités, savoir comment l’un va répondre à l’autre, c’est déjà avoir accompli une bonne partie du travail. » Sa collaboration avec le pianiste Keith Tippett dans les années 90, sa solitude des années 2000 (« Je mène une existence très solitaire, je passe 90% de mes jours seul »), ses interrogations de « vocaliste », le processus créatif qui mène de « Blemish » à « Manafon », l’importance de Derek Bailey dans celui-ci, autant de sujets captivants qu’abord David Sylvian avec le journaliste Biba Kopf. Soit autant de manières de (ne pas) percer le mystère Sylvian. Surtout quand celui-ci tente de mettre des mots sur son songwriting: « Il y a cette espèce d’idée de Ginsberg qui provient de préceptes bouddhistes: first thought, best thought… right thought (la pensée initiale est la meilleure… et la bonne). » « C’est un processus très intuitif, conclut Sylvian, je ne peux pas dire que ce soit une démarche intellectuelle ».
La seule mauvaise nouvelle de l’entretien se trouve en son crépuscule: « Je crois que j’en ai fini avec les concerts ». Et oui, David pense avoir fait le tour de l’expérience scénique. What a shame…
Pour en savoir plus et pour également dévorer la beau papier consacré à Julie Tippetts (la femme du Keith sus-nommé qui chante sur le merveilleux « Tropic Appetites » de Carla Bley), le numéro est disponible au Gibert Joseph du boulevard Saint-Michel et sur le site de nos Britons préférés.



