Cuisine et archéologie? Et oui, on a discuté popotte et vieux cailloux avec Nils Petter Molvaer à l’occasion de la sortie de son nouvel album, « Hamada ». Première partie de la Criss Cross exclu.
“Hamada” est un album serein et calme. Est-ce dans cet état d’esprit que vous avez accouché de ce disque ?
Oui, en fait je voulais surtout faire quelque chose de plus ouvert, avec moins de machines que sur mes précédents disques. Mon intention n’était pas de faire un disque apaisant ou relaxant, mais c’est la tournure que les choses ont prise… peut-être que c’est à cause de mon âge ! (rires)
Mais était-ce un album facile à confectionner ?
Il y a toujours des choses qui viennent d’elles-mêmes… et d’autres pour lesquelles il faut se battre un peu… en fait ce n’est jamais simple ! Parfois le problème, c’est juste de réussir à mettre en ordre des idées. Par exemple sur “Hamada”, il y avait deux chansons que j’aimais beaucoup lors de l’enregistrement, mais qui n’auraient pas du tout pu figurer sur le disque, elles en auraient détruit l’harmonie.
Comment composez-vous ? Vous vous réveillez un beau matin avec une mélodie ? Ou vous inspirez de votre environnement ?
(Silence) Comme ça se passe…? (rires) Un peu des deux… Mais ça peut partir d’un détail. A l’intérieur de Sabkah par exemple, il y a de courtes séquences où je joue du doudouk. Je me suis samplé. Mais ce n’était pas de boucles, juste des notes que j’ai intégrées dans mon clavier. Puis j’ai improvisé là-dessus. À partir de là, j’essaye d’écrire. Sur cet album en particulier je voulais faire comme en cuisine : peu d’ingrédients, mais de bonne qualité, pour essayer de les mélanger de la manière la plus organique possible.

C’est vrai que c’est peut-être le disque le plus organique de votre discographie…
Et bien, si vous le ressentez ainsi, c’est que c’est vrai ! (rires) En fait une fois qu’un disque est terminé, je ne l’écoute plus du tout…
Vous n’écoutez jamais vos anciens disques ?
Très, très, très rarement… En concert, on fait comme si c’était de nouveaux morceaux. On essaye de les transformer, de “jouer” avec parfois sur un tempo, une autre fois sur un tempo encore différent. On conserve juste une partie des thèmes et puis on improvise à l’intérieur de ces formes…
Selon Steve Coleman, chaque disque représente un nouveau pas dans un chemin. Il n’est pas possible d’écouter un disque sans faire référence à ceux qui l’ont précédé.
Bien sûr qu’il en est toujours ainsi. J’ai commencé ma carrière en solo avec “Khmer” duquel tous mes autres disques proviennent. Ils sont des étapes sur un parcours, mais ce n’est pas quelque chose à laquelle je pense. C’est quelque chose qu’on peut observer rétrospectivement, à moins d’avoir un dogme comme une trilogie par exemple : le Feu, la Terre, l’Eau ou quoi que ce soit d’autre. Pour moi, le plus important c’est d’observer ce qui va arriver ! Par exemple, je ne savais pas comment baptiser cet album. Et puis j’ai regardé, cette émission de télé, Survivorman. C’est un gars qu’ils balancent au milieu de nulle part avec rien du tout si ce n’est un caméra. Là, ils l’avaient jeté dans le milieu du désert. Il devait vivre avec ce qui lui tombait sous la main pendant une semaine. Parfois, on avait l’impression qu’il était sur le point de mourir. À un moment donné, il se met à dire : “cette après-midi je vais dans le Hamada”. Ça m’a semblé être une bonne métaphore de ce disque : c’est comme un désert, mais vous pouvez vous déplacer. Ce n’est pas comme s’il n’y avait rien du tout, non il y a beaucoup de vie, c’est possible d’y survivre. Il faut juste chercher, creuser et là où il n’y a apparemment rien, se cache en réalité beaucoup de choses… c’est comme faire de l’archéologie !


