CRISS CROSS RENCONTRE jan garbarek

Difficile d’imaginer rencontre plus impressionnante qu’avec le Norvégien Jan Garbarek. Alors nous avons décidé de commencer par le commencement. Tout sur les coulisses, anecdotes, rebondissements de son dernier et splendide disque « Dresden », c’est ici. Et préparez le riz, car pour le saxophoniste, un concert, c’est un peu comme un mariage…

Vous n’aviez jamais publié de disque “live” sous votre nom, comment s’est déroulé l’enregistrement de celui-ci?
Nous avons enregistré à la suite dans cinq villes allemandes. Et il s’est avéré que le concert de Dresde était le meilleur. Au départ, je n’avais pas prévu d’enregistrer à Dresde… je n’avais même pas prévu de faire un album! Nous voulions seulement archiver des concerts. D’habitude, on le fait même avec un petit magnétophone comme le vôtre! Mais cette fois-ci notre ingénieur du son m’a dit “et pourquoi pas apporter tout le matériel et enregistrer sur plusieurs pistes pour mixer tout cela plus tard ?” Donc on a juste enregistré tout ça et c’est resté dans les cartons. Un an et demi plus tard, quelqu’un m’a demandé si j’avais écouté les bandes. Et ce n’était pas le cas! Donc je l’ai fait! Je me suis rendu compte que le son était plutôt bon, c’était prometteur… Puis Manfred [Eicher, le boss d’ECM] l’a écouté aussi et il a pensé que, correctement mixé, cela pourrait donner un album. Et c’est ce que nous avons fait!

Ecouter votre propre musique, c’est quelque chose de difficile?
Je ne sais si le mot “difficile” est le mieux approprié, mais ce n’est pas dans mes habitudes de le faire. J’ai vraiment dû prendre sur moi-même cette fois-ci. Ordinairement, c’est quelque chose que j’évite soigneusement de faire, si ce n’est exceptionnellement pour réapprendre un vieux morceau pour un concert. Sinon je n’écoute jamais mes anciens disques… JAMAIS!

Ce concert est très acoustique. Vous vouliez délaisser toute électricité pour mettre en valeur les mélodies?
C’est un problème que nous nous posons souvent en tournée. Dans ce sens, ce concert est très représentatif de notre démarche: il n’y a aucun passage rejoué en studio, c’est le concert à l’état pur, un point c’est tout. Quand je me prépare mes set-lists de concert, je m’inspire de quelque chose que j’avais vu dans un film américain. Ça m’avait beaucoup marqué : quelqu’un va à un mariage et apporte quelque chose de vieux, quelque chose de neuf, quelque chose d’emprunté et quelque chose de bleu. C’est exactement ainsi que je fais mon choix. Je prends mes anciens morceaux, des titres nouveaux, des pièces empruntées à d’autres compositeurs… et pour le bleu, c’est à l’auditeur de venir avec!

Vous jouez souvent avec des musiciens que vous connaissez très bien, mais sur ce disque vous avez un nouveau bassiste, Yuri Daniel…
La raison est très triste en fait. Je travaille avec Eberhard Weber depuis plus de vingt-cinq ans… Quelques mois avant ce concert, il a eu une légère attaque. Il est toujours à moitié paralysé et ne peut pas encore jouer. Il y travaille, mais il a 70 ans et ça risque de prendre encore un peu de temps avant de recouvrer tous ses moyens. On avait donc besoin très vite du meilleur bassiste possible pour le remplacer au pied levé. Quelqu’un m’a parlé d’un Brésilien vivant au Portugal. Il était libre car le projet dans lequel il bossait partait en tournée dans une configuration sans basse… mais avec harpe ! (rires) Il nous a donc rejoint et depuis il fait partie du groupe.

Vous avez joué sur la version originale de Paper Nuts (“Songs for Everyone”, 1984, ECM), pourquoi l’avoir choisie pour ouvrir le concert?
Parce que je l’adore! C’est suffisant, non? (rires) J’ai adoré travailler avec Shankar. Je pense que l’album que nous avons fait ensemble était vraiment bien et nous avons fait de magnifiques concerts ensemble. Malheureusement (pour moi !), il a décidé ensuite de prendre une autre route plus “pop” en compagnie de sa femme. Dommage, nous aurions pu vraiment nous amuser en continuant d’explorer cette combinaison : j’adore ses morceaux, simples en surface, mais avec une identité très marquée. Ils offrent un tremplin idéal pour l’improvisation. Je continue de les jouer en concert. Travailler avec lui, cela m’a énormément apporté.

  • Share/Bookmark

Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un rétrolien depuis votre site.

Laisser un commentaire