Criss Cross va aussi au cinéma et il a été touché par la grâce d’un film singulier, journal intime, journal de deuil d’un grand cinéaste jazzophile au premier degré. Voici donc Irène d’Alain Cavalier présenté par son auteur lui-même dans une vidéo drôle et instructive.
Assistant de Louis Malle sur Ascenseur pour l’Echafaud dans lequel la trompette de Miles Davis pique la vedette à Jeanne Moreau, Alain Cavalier est le type même du cinéaste inclassable, libre et iconoclaste. Alors, quand les écrans sont envahis par les copies des derniers Jean-Pierre Jeunet et autre Yann Moix, Criss Cross a préféré pénétrer dans l’intimité pleine du pudeur du dernier opus du Monsieur. Et quelle ne fut pas sa surprise, de découvrir au milieu d’un film sans musique, si ce n’est la mélodie du souvenir, une mélopée signée McCoy Tyner et dédiée à Aisha.
Pendant 1h20, le cinéaste part à la recherche d’un souvenir, celui de sa femme, Irène, disparue dans un accident de voiture. Il revient sur les lieux du drame et par la seule force du récit et de l’imagination, nous fait quasiment (re)voir les derniers gestes de la disparue. On pense aux enquêtes de Modiano, aux “documentaires” à la Agnès Varda et à tous les artistes pour qui les souvenirs sont la matière de leurs oeuvres. Fantasmes (la discussion entre le cinéaste et une photo de Sophie Marceau placardée sur la porte des toilettes vaut son pesant de cacahouètes), souvenirs tronqués, rebondissements, Alain Cavalier réussit sa quête du temps perdu à l’aide d’une unique caméra numérique. Comme quoi, il ne faut pas grand chose pour faire un monde, comme le cinéaste l’explique magistralement dans cette vidéo…
La bande annonce d’Irène:


