CRISS CROSS RENCONTRE bojan z II

Retour vers le futur, Bojan Z revient sur ses débuts pour Criss Cross: ses rêves d’Angleterre, les chants orthodoxes de son enfance, ses modèles, l’épisode Henri Texier, le pianiste part à la recherche du temps perdu.

Comment êtes-vous devenu musicien?
Quand j’avais de 10-14 ans, tous mes copains faisaient un peu de la musique. Je n’étais pas du tout original, il y avait des groupes qui poussaient partout, en bas de tous les immeubles à Belgrade. Ça donnait une dynamique très chouette pour un ado. Résultat: j’ai continué, mais pas eux. Moi j’étais un peu plus tenace, j’avais un peu plus de rêves…

Vous avez tenu grâce à vos rêves?
Oui, le moteur le plus puissant et originel, ce sont les claques musicales que j’ai prises à l’époque et les rêves que ça a déclenché. J’étais un grand fan des Beatles de 6 à 10 ans. A 10 ans j’avais tous leurs disques et je connaissais tous les morceaux. C’est resté jusqu’à aujourd’hui… même si je perds un peu ! Ils m’ont fait rêver sur l’Angleterre et son côté “tout est possible”. Pour un gamin comme moi, le “tout est possible”, c’était la plus grande vérité dont j’avais besoin.

Un pianiste comme Jon Balke veut faire sonner son piano comme la trompette de Miles et vous?
A certaines périodes de ma vie, j’ai beaucoup étudié les pianistes, ils y sont tous passés. Le premier, ce fut Oscar Peterson. Mais très vite je me suis aperçu qu’il avait fait la synthèse des différents styles. Parfois il ressemblait à une espèce de machine à remonter le temps qui sautait de Bill Evans à Erroll Garner, ce qui ne me plaisait pas. Ce n’était pas vraiment quelqu’un à écouter, à étudier, parce qu’il n’avait pas un style, mais d’un éventail de styles. Après, je me suis plongé dans tous les pianistes de Miles bien évidemment, surtout Wynton Kelly.

Et ensuite?
Je me suis mis à écouter les grands soufflants et les grands chanteurs. Cette référence de la voix m’a été évidente parce que je viens d’une culture, d’une région du monde où le chant est quelque chose de très important. A Belgrade, il y avait des chants orthodoxes, des chorales d’église… Dans mon école de musique, je chantais dans une chorale très pointue. L’aboutissement de cette qualité, ce sont les voix bulgares, c’est grandiose.

Souvent les musiciens disent qu’ils sont finalement plus influencés par leurs contemporains que par les Miles Davis, John Coltrane ou Bill Evans? Est-ce votre cas? Vous avez souvent participé aux formations d’Henri Texier par exemple…
Tout à fait. Henri Texier est un grand connaisseur du jazz, et il était ravi de voir que moi aussi je l’étais. Quand on travaille un morceau, il me dit juste “ici, un peu à la John Lewis”. Je n’allais pas faire du John Lewis, mais je voyais tout de suite ce qu’il voulait dire. Ça permet des raccourcis dans le travail, mais l’inspiration réelle venait de ce que lui, Tony Rabeson, Sébastien [Texier] ou Glenn [Ferris] jouaient. Quand je joue avec un groupe, je ne pense pas à John Coltrane… On peut penser à lui au moment où sa “présence” débarque malgré ou à cause de nous, mais je ne pense pas à lui ou à d’autres grands de l’Histoire quand je joue avec d’autres musiciens.

Et vous à présent, c’est important de transmettre ce que vous appris?
Oui… J’ai beaucoup enseigné, mais même sans enseigner, soyons clairs, dans le jazz, un concert a toujours cette dimension éducative. Il y a toujours des jeunes musiciens dans la salle qui, en te regardant, vont apprendre plein de choses. Un concert = quinze cours. En tant qu’étudiant j’allais écouter des concerts pour observer: comment il met le pied? Comment il donne le signal au batteur?

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