Droit de citer_Céline

« “T’entends? qu’il me fait

Robinson. Il joue des airs

d’Amérique son phono; je les

reconnais ces airs-là moi, c’est

les mêmes qu’on jouait à Detroit

chez Molly…” Pendant deux ans

qu’il avait passés là-bas, il

n’était pas entré bien avant dans

la vie des Américains;

seulement, il avait été comme

touché quand même par leur

espèce de musique, où ils

essayent de quitter eux aussi

leur lourde accoutumance et la

peine écrasante de faire tous les

jours la même chose et avec

laquelle ils se dandinent avec la

vie qui n’a pas de sens, un peu,

pendant que ça joue. [...] Autour

des platanes vadrouillent les

petits enfants barbouillés et

ventrus, attirés, eux aussi, par le

disque. Personne ne lui résiste

au fond à la musique. On n’a

rien à faire avec son cœur, on le

donne volontiers. Faut entendre

au fond de toutes les musiques

l’air sans notes, fait pour nous,

l’air de la Mort. »

Extrait de Voyage au bout de la nuit (Folio)

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