CRISS CROSS RENCONTRE elise caron

Depuis Cocktail Molotov de Diane Kurys en 1980, on avait peu vu Elise Caron sur grand écran. Avec la sortie d’Un Soir Au Club cette semaine, l’adaptation par Jean Achache du livre de Christian Gailly, la chanteuse-comédienne fait un retour remarqué. Pour Criss Cross, elle revient avec humour sur ses amours cinématographique, ses hauts, ses bas, ses frustrations, ses envies, ses doutes et ses (quasi) certitudes.

Ça faisait longtemps que l’on ne vous avait plus vu au cinéma. Vous aviez lu le livre de Christian Gailly avant d’accepter ce rôle?
Je ne voulais pas le lire du tout, j’ai considéré le scénario uniquement. Quand le cinéma est revenu vers moi [rires], je m’y attendais tellement pas… Ça m’a tellement excitée, j’étais toute tremblante, ça faisait tellement longtemps…
En 2005, j’avais tourné un petit rôle dans un téléfilm parce que quelqu’un m’avait vue au théâtre. J’étais très contente, ça m’a permis de reprendre un peu mes marques… Du coup pour Un Soir au Club, je m’en suis remis au réalisateur et, en général, les réalisateurs ne veulent pas qu’on voit les rushes. Avec la musique, je réécoute sans cesse, je vois mes fautes. Je n’ai pas le même rapport, je suis bien plus responsable quand il s’agit de la voix, je discute sur la façon de faire, sur la prosodie. Sur le film, j’ai le sentiment de m’être un petit peu trop personnellement retiré derrière la confiance qu’on doit avoir dans le réalisateur. J’ai énormément appris avec ce film, j’ai réappris qu’il y a des trucs qu’on doit pas faire… j’espère que ça ne se voit pas trop, mais moi je le vois!


Vous semblez n’avoir pas confiance en vous…
A force ça va, puisque ce qu’on me renvoie me conforte, mais il y a une grande différence entre avoir confiance en soi et se la péter. C’est juste une attitude, un léger décalage qui fait que d’un seul coup, on perd quelque chose de l’enfance, une légère peur qui suffit pour faire quelque chose de neuf, même si c’est la énième fois qu’on fait le même spectacle.

Les séquences musicales sont très importantes dans la première partie du film. Comment cela s’est-il passé?
Il fallait chanter un standard jazz, ce qui j’ai rarement fait, sauf quand j’étais bourrée [rires]. Ce qui m’intéresse, c’est l’impro libre, faire ce que je veux et se renvoyer la balle entre musiciens. Mais c’était le caractère du personnage: il fallait que je fasse celle qui a l’habitude de chanter du jazz en public, tout en chantant de manière impeccable car c’était filmé. Il fallait penser à ma gueule, à l’attitude, faire des pas pour être dans la caméra et pour les raccords. Je n’ai pas l’habitude qu’on vienne me filmer quand je chante ou, si c’est le cas, je me fiche de ma gueule, je suis dans la musique et tant mieux (ou tant pis) si j’ai une sale tête, c’est éphémère. Tandis que la pellicule, c’est comme un disque, c’est gravé pour toujours. Je ne veux pas dire que je suis déçue, mais pour un film, il n’y a pas de seconde chance et je n’arrête pas de penser à ce que j’aurais pu faire de mieux, c’est idiot…

Pourtant à l’image on n’a pas cette impression…
Il faudrait vraiment que j’attende quelques années pour pouvoir apprécier ma prestation… Il faudrait que je ne regarde que le personnage à côté de moi!
Entre ce que je pense pouvoir donner et la réalité, il y a trop d’écart…

« Between the conception/And the creation/Between the emotion/And the response/Falls the Shadow » disait T.S. Eliot…
Oui, quand on peut éprouver les choses de jour en jour, on se dit qu’il y a encore une chance de se parfaire. J’ai refait un film cet été et j’avais tellement appris sur le tournage d’Un Soir Au Club que j’étais vraiment préparée. Et pour le prochain, je serai au top! [rires] Il faut rester naturel, mais en même temps, c’est quand même pour un grand écran. C’est très subtil. Le cinéma, c’est comme un microscope où tous les détails se voient, c’est fascinant.

CARONINTW1Si le film n’avait pas eu pour sujet le jazz, l’auriez-vous fait?
En fait c’est Michel Benita [qui signe la B.O. du film] qui a pensé à moi. Je l’ai rencontré en même temps qu’Andy Emler sur l’île de la Réunion. Nous sommes allés voir le volcan, faire des randonnées, on a passé trois semaines à manger des poulets grillés… C’était fantastique. Il m’a appelée parce qu’ils cherchaient une actrice. Il pensait à moi, mais les financiers ne voulaient qu’une star. Dans ce pays, pour être connu, il faut être déjà connu, sinon tu n’as aucun crédit. Je ne parle pas du réalisateur, je parle de ceux qui mettent des sous sur quelqu’un, même si elle ne sait pas chanter. Quand la production a changé de mains, ils sont partis avec celui qui devait être acteur principal, Bernard Giraudeau. Il fallait faire avec beaucoup moins de sous et des gens moins connus qui allaient raconter l’histoire autrement.

Et votre prochain film?
C’est un rôle sombre, je joue la maman d’un des deux rôles principaux, une jeune fille qui décide avec sa copine de se suicider… Un rôle très intéressant: j’ai beaucoup aimé travailler avec Jean-Paul Civeyrac. J’espère qu’il y aura plein de petits! C’était vraiment l’une des mes premières amours le cinéma. Quand j’étais petite, je voulais faire « actrice ». Un type pourtant très sympa que j’avais rencontré à l’époque de Cocktail Molotov m’avait interviewé à la radio en direct (12 ans plus tard en 91). A cette époque-là, je commençais l’ONJ. Et en direct, il me dit: « qu’est-ce que ça vous fait d’avoir raté cette carrière? » J’avais encore trente ans à l’époque! La moutarde m’est montée au nez, ça m’a dégoutée…

Qui vous a donné la passion du 7e Art?
J’adorais Spencer Tracy, j’avais envie de jouer avec lui. Il y avait aussi Cary Grant, Gary Cooper, le cinéma américain à la Capra, la façon dont les gens sont toujours mis en valeur quel que soit leur rôle. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est aussi de voir que je faisais rigoler mes copines… mais je ne sais pas, c’est mystérieux. C’est Grok aussi, mais je l’ai vu à la télé! C’était faire le clown en fait… Un chocolat? [Criss Cross déguste une délicieuse friandise et s'essuie la bouche et revient demain avec la suite...]

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Une réponse à “CRISS CROSS RENCONTRE elise caron”

  1. chris dit :

    rencontrer la belle Elise cela va devenir le reve de tout le monde moi perso je l’aimeeeeeeeeeeeeeeeeeee

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