Si la musique d’Octurn est alambiquée, savante et labyrinthique, le collectif belge ne manque pas d’humour. Sur son site, la clique à Bo Van Der Werf fait une revue de presse originale de leur précédent disque. Oeuvre passionnante composée par Magic Malik et acclamée par la critique hexagonale, « XPs Live » en avait touché l’une sans faire bouger l’autre (comme dirait Jacques Chirac) de Marc Danval ( « un ennui pyramidal »). C’est le signe des grands disques que de provoquer amour et dégoût dans un même geste. Et ce nouveau double disque risque bien de connaître le même sort. Octurn n’en a cure et continue d’expérimenter à gogo pendant plus de deux heures. Pourtant « 7eyes » (www.octurn.com) marque un tournant dans la carrière du collectif. Pour la première fois, Octurn intègre la voix à son travail de sape rythmique. Et le mélange entre la machine infernale instrumentale (menée par un Jozef Dumoulin et un Nelson Veras de gala) et les cordes vocales de Lynn Cassiers est tout bonnement bouleversant (cf. les huit incroyables variations sur Walk). Mais ce n’est pas tout: sur Places des Etoiles et Chouchou, deux voix enfantines sont convoquées et donnent à la musique des Belges une dimension cauchemardesque digne du Shining de Kubrick. « Une chanson douce » murmure l’un des bambins d’un ton fantomatique. Brrr. Juste pour ces moments de grâce anxiogène, « 7eyes » vaut le coup d’oreille, même pour les durs de la feuille. Non, ce n’est pas Paranormal Activity l’événement frissonnant du moment, mais bien ce nouvel épisode des aventures d’Octurn, qui comme tous les bons films d’horreur, fait toujours sensation même après plusieurs écoutes.


