Un vendredi soir aux Lilas. Pluie, nuit et Téléthon. L’ambiance est morose. Criss Cross entre dans l’allée qui mène au Triton en quête de sensations fortes, persuadé de trouver son compte dans l’alliage rayonnant Octurn/Magic Malik. Quand, soudain, un homme, propre sur lui, le cou dégagé, la veste élancée et les chaussures bien cirées, devint, pendant 19 éphémères secondes, merveilleusement flegmatique des fesses, pour reprendre la douce expression de Rabelais. Retenant un rire entre ses dents, Criss Cross se dit que la soirée allait pouvoir se détendre.
Il y a des semaines comme ça où tout s’enchaîne. Ah, le hasard des calendriers… En moins d’un mois, l’Ile de France aura vu passer les différentes branches d’un arbre musical que Criss Cross aime chouchouter. Aka Moon la semaine dernière au Sunset, Octurn vendredi au Triton, Magic Malik fin décembre au Sunset. Tous trois sortent également de nouveaux opus captivants, « Baba Sissoko & Black Machine » pour les premiers, « 7 eyes » pour les seconds, « Bingo » pour le dernier. Toute cette troupe aime se mélanger, jouer les uns avec les autres, s’auto-influencer, s’auto-défier. Les « XPs Live » d’Octurn composés par Magic Malik et bidouillés en direct par « l’électronicien » Gilbert Nouno en sont un bon exemple. C’était la dernière chance de voir ce projet sur scène, chance qu’on a saisie intrépidement au vol, sans remords, ni regrets. Un grand et beau concert qui donne envie de disséquer encore et encore ces XPs si intrigants…

Guillaume Orti concentré avant de faire le maître de cérémonie entre les morceaux. Grâce à lui, on a pu différencier XP 25 de XP 27.

Magic Malik discret comme tout, n’a jamais cherché à prendre la couverture pour lui, seulement un pull, en milieu de premier set pour ne pas prendre froid.

Sanne Van Hek invitée spéciale du collectif belge (et aussi très bientôt de Criss Cross) a joué la complémentarité avec le bugle de Laurent Blondiau.

Non, ce n’est pas Laurent Garnier qui écoute les messages de son répondeur, mais Gilbert Nouno qui enrobe d’un manteau électronique la musique du collectif. Un travail minutieux et fascinant.

Entre les deux sets, on discute agenda, « Bingo » et permis de conduire avec Magic Malik. Les trois pièces maîtresses d’une vie réussie.

Deuxième set: l’atmosphère se chauffe, les pièces les plus musclées sont convoquées. Les micros du Jazz Club d’Yvan Amar sur France Musique sont de sortie. On entend l’animateur présenter le groupe sur le premier morceau, à commencer par Bo Van Der Werf, l’une des têtes composantes du collectif. Derrière, Guillaume Orti prouve qu’Octurn est un collectif qui regarde dans le même sens, celui de la marche dirait Marc Ducret.

Jozef Dumoulin faisait la paire avec Fabian Fiorini (absent de la photo): piano contre Rhodes, un mariage gris comme on les aime.

Vous l’avez bien compris, Octurn fonctionne par petites celulles qui se superposent comme un mille-feuille 4 étoiles (piano vs Rhodes, trompette vs bugle, etc.). Last but not least, Jean-Luc Lehr et Chander Sardjoe (absent de la photo) nous ont mis l’arrière-train par terre.

Homme du match et employé du mois réunis: Jean-Luc Lehr (et pas seulement parce qu’il porte le cuir comme Obelix les menhirs). Dans le jargon, on appelle ça la classe.


