Elle était l’invitée surprise du dernier concert d’Octurn avec Magic Malik dont elle participe au dernier album « Bingo ». La trompettiste hollandaise Sanne Van Hek est peu connue de ce côté de la frontière. Pourtant depuis quelques mois, elle participe à un nombre exponentiel de projets captivants. Criss Cross a enfilé son imper troué et s’en est allé mener l’enquête.
On la voyait souvent jouer aux côtés d’Aka Moon ou du Magic Malik Orchestra, alors quand l’occasion s’est présentée, Criss Cross a voulu en savoir plus sur cette jeune trompettiste de plus en plus présente sur la scène hexagonale pour qui l’année 2010 risque d’être un bon cru tant elle compte y multiplier les projets: son sextette encore secret Network Of Stoppages, son rêve d’écrire pour un Brass Quintet, sa volonté d’explorer les sonorités acoustiques (« dans l’esprit du morceau sur mon myspace avec Malik et un accordéoniste »), sans parler de son trio noise The Black Napkins. La demoiselle se présente elle-même.
Michel Hatzi
« C’est une longue histoire: j’étais bassiste électrique et j’étudiais au Conservatoire où Michel Hatzi enseignait. On a tout de suite accroché. Il était mon prof préféré. Puis je suis venu vivre à Paris avec mon ex-petit ami qui étudiait au CNSM où il y avait un workshop d’Aka Moon. J’y suis allée parce que j’ai toujours en tête une liste de musiciens avec lesquels je rêverais de jouer (Aka Moon, Malik, Octurn…). Et Michel m’a dit: « qu’est-ce que tu fais là? » On s’était souvent vus à des concerts, mais on n’avait jamais travaillé ensemble. Aka Moon m’a invitée à participer à cet atelier, mais le directeur du CNSM n’était pas d’accord. Je n’étais pas étudiante là-bas, donc je n’avais pas le droit de mettre les pieds au Conservatoire… Du coup le groupe a écrit une lettre pour dire que je venais en tant que membre d’Aka Moon. J’étais si heureuse de pouvoir jouer leur musique. Ce projet, « Invisible Sun », est l’un de mes disques préférés, si bien orchestré, arrangé. J’ai pris mon pied à jouer cette musique! »
Mike Patton
« J’ai un peu une histoire hasardeuse avec les instruments! J’ai appris la musique avec la clarinette classique. Ça se passait très bien, mon prof m’a même demandé si j’avais pensé à devenir pro. Puis j’ai changé de professeur, je n’aimais plus la clarinette, j’avais 13-14 ans et donc j’ai arrêté. Puis mon frère jouait de la guitare dans des groupes de métal, vraiment un bon groupe avec guitare, batterie, chant et ils avaient besoin d’un bassiste et j’ai dit je veux bien le faire. A cette époque, j’écoutais Mr Bungle, John Zorn, Electric Masada, ce genre de choses. J’ai eu ma période Mike Patton et tous ses projets parallèles (Tomahawk, Secret Chiefs 3, Fantomas…) A partir de là je me suis mise à étudier la basse, je suis allée au Conservatoire, etc. Puis, à la fin du Conservatoire, je n’avais plus envie plus envie d’en jouer! Je la laissais dans sa housse, je ne m’entraînais plus. J’avais un copain qui avait laissé sa trompette chez moi et j’ai essayé. Je me suis rendue compte que c’était un instrument qui demandait beaucoup de travail, de discipline. Je crois que quand j’aurai 60 ans je serai vraiment une bonne trompettiste! »
Magic Malik
« Quand je vivais à Amsterdam, j’ai vu son groupe par hasard en concert en 2004 ou 2005, c’était incroyable. Je ne savais rien de lui, mais j’étais dans ma période Steve Coleman… J’ai acheté les CD, j’ai aimé certaines choses, d’autres pas, mais je voulais jouer avec lui. Je suis allée le voir à un autre concert où il jouait avec Minino Garay. Il a dû penser que j’étais une sorte de groupie car il m’a juste dit « tiens voici mon numéro ». Je lui ai dit: « non, sérieux, je veux vraiment jouer avec toi ». Il a dit « Ok pourquoi pas? » J’ai beaucoup travaillé avec lui ces derniers temps, je connais maintenant très bien sa manière de composer et de travailler. Sa musique peut être très simple, mais aussi très difficile. Difficile parce que vous devez apprendre une manière différente de penser, d’improviser, vous avez des règles à suivre, mais une fois que vous les avez incorporées, ça roule! J’avais l’impression de rencontrer quelqu’un qui faisait ce que j’avais en tête, mais que je n’arrivais pas à réaliser. De voir comment il y parvenait concrètement, les idées qu’il y avait derrière, ça m’a permis de concrétiser les miennes. J’y pense beaucoup car maintenant j’essaye de tracer ma propre route, après avoir incorporé tous ces concepts. Ce fut vraiment très inspirant. »
The Black Napkins
« On a enregistré notre disque il y a un petit bout de temps et on l’a rejoué la semaine dernière en concert, c’était vraiment bizarre. Les choses ont évolué, on joue beaucoup plus avec l’électronique. Il y a un titre sur notre myspace enregistré à la radio qui est plus proche de cette nouvelle ambiance. Tout le monde dans le groupe a ses propres projets. Notre batteur, Gerri Jäger, forme par exemple un duo baptisé Knalpot avec un guitariste et plein d’effets, c’est vraiment très bien. Jasper Stadhouders, notre guitariste, s’aventure dans tous les styles: parfois il ne veut pas de jouer de notes, en ce moment il est dans les « préparations », il a eu sa période dubstep… Depuis que j’habite à Paris, on n’a plus trop la possibilité de répéter. Donc quand on se revoit, on se demande tout de suite: alors tu as apporté quoi aujourd’hui? Jasper arrive toujours avec des trucs nouveaux… Maintenant j’utilise beaucoup l’électronique dans le groupe. Parfois je ne joue pas de trompette, j’ajoute juste des couleurs, des bruits, des boucles, des répétitions (c’est mon côté Morton Feldman du moment!) Je ne suis pas le genre de trompettiste qui débarque sur scène, en criant voici mes solos! »




