CHAMBRE D’ECOUTE the black napkins

CD_BLACK_NAPKINSSi The Black Napkins tirent leur nom d’un morceau de Zappa, c’est plutôt vers Sonic Youth, John Zorn ou Supersilent que les trois Hollandais font tourner leurs serviettes. Expérimental, free, noise, indus, décomplexé, inventif, leur premier opus, « The Black Napkins » (Rat Records), offre un étonnant mélange: piècettes, longues suites, mélodies ciselées comme la Cordillère des Andes avant érosion, crépitements aussi inquiétants que de compter Eric Besson parmi ses ex-futurs-néo-amis, The Black Napkins aiment varier les formats et les (dé)plaisirs. Comme lors de débats au café du commerce autour d’une suze à 6h32 (du matin), ça part dans tous les sens. Chaque instrumentiste lance des piques, des flèches, des balises de détresse, espérant que l’autre saura y répondre. Et ce dialogue à trois entre trompette (Sanne Van Hek), guitare (Jasper Stadhouders) et batterie (Gerri Jager), s’il fait parfois penser aux monologues à plusieurs chers à Samuel Beckett, distille ci et là de cordiales ententes saisissantes de beauté (9.5) – une sorte de Paul Motian trio sous acides. Il serait facile de convoquer une fois de plus, quand l’on est face à une oeuvre libre et angoissante, les figures de David Lynch et de Trent Reznor sur Mullholland Drive. Nous ne céderons pas à cette tentation et féliciterons chaleureusement l’opus inaugural d’un groupe à suivre de très près et qui a le bon goût d’inviter Jozef Dumoulin sur l’intense titre de clôture du disque (Ohne Gra). Allez cédons quand même à la tentation: parfois l’on pense aux épisodes les plus angoissants d’X-Files. Non, pas celui où l’on voit le slip de l’homme à la cigarette, mais celui où Eugene Tooms tient les premiers rôles (Melodie 2). Rien que ça.

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