« Bingo » (Odduara/Abeille Musique) ou comment Magic Malik change ses habitudes. Ordinairement, le flûtiste laisse longuement poireauter ses fans entre deux disques. Cette fois-ci, il aura suffi de quelques mois avant de voir survenir le successeur de « Saoule ». Et tandis que ses précédents opus étaient nés dans le cocon moelleux d’un studio, « Bingo » se présente comme le premier album « live » de son Orchestra. Enregistré à chaud lors de deux soirs printaniers au Sunset, le disque révèle au grand jour les dernières expérimentations de Magic Malik: exit les XP, voici venue l’ère des Junon. Mais « Bingo », c’est surtout le témoignage discographique de la puissance créative d’un groupe de scène hors du commun, capable de danser dans les chaînes rythmiques tissées par le compositeur en chef. Tous ceux qui ont vu (et entendu) Jozef Dumoulin, Jean-Luc Lehr et Maxime Zampieri improviser peuvent le jurer cracher croix de bois croix de fer si je mens je cours me faire opérer par la docteur Delajoux. C’est surtout l’espace de liberté incroyable que laissent ces compositions à ce quartette de feu (+ Sanne Van Hek en trompette surprise) qui fascine. Plus d’une heure de musique aussi intrigante que l’artwork signé Emilie Vantalon. Ville futuriste et horizontale comme le New York de Céline, inquiétante et parcourue par le jeu, cité où l’arrière-plan est aussi dense que le premier comme dans un film de Tati: bref, bon résumé d’un disque aussi trapu et vigoureux qu’un pilier de rugby sous le boue (pas là pour se faire aimer, mais pour renter dans le lard) et qui ne donne qu’une envie, aller (re)voir le Magic Malik Orchestra dans son lieu naturel, la scène.


