CHAMBRE D’ECOUTE tord gustavsen

CD_GUSTAVSENMalgré les apparences, Criss Cross n’a pas toujours le nez dans le guidon. On se promène et furète dans le bois joli de la toile jazz. Et deux lectures nous ont interpellé ces derniers jours. Un message de Pierre Bertrand sur le forum de Citizen Jazz qui regrettait la bonne époque où les critiques se mettaient gentiment sur la gueule pour un oui ou pour un disque. Puis en flânant sur les Dernières Nouvelles du Jazz, on a noté un avis on ne peut plus négatif sur le dernier opus de Tord Gustavsen. Ni une, ni une deux, les neurones ont pour une fois joué leur rôle et ont lié les deux informations en moins de temps qu’il faut pour dire anticonstitutionnellement. Chères DNJ, nous nous portons en faux. Et nous vous provoquons en un duel sanglant. Non, le dernier opus du pianiste norvégien n’est pas un échec, c’est une réussite envoûtante. Non-dits, pointillisme, minimalisme, mélodies aussi bien troussées qu’une chaussette Damart pour l’hiver, “Restored Returned” (ECM/Universal) poursuit le travail de sape silencieux de Gustavsen entamé sur « Changing Places » dirait Dupond. Et on dirait même plus, ajouterait Dupont, il poursuit le travail de sape silencieux de Gustvasen entamé sur « Changing Places ». Et il faut dire que la voix clair-obscur de Kristin Asbjørnsen y est pour quelque chose, voile organique jeté sur une symphonie magnifiquement aride. Gustavsen choisit d’être arrangeur, il se fait discret pour laisser parler sa musique là où d’autres se mettraient en avant pour laisser papoter leur vanité. Allers-retours discrets entre les thèmes, impressionnisme harmonique, peintures sombres mais suggestives : en cette époque de musique compressée où les crevasses de nuances ressemblent à des volcans en extinction, merci au Norvégien de réintégrer le pianissimo, cet art de la vallée asséchée derrière laquelle se cache encore une source vivifiante.
Splendide.
Son « coeur est époustouflant » dirait Begnini, la musique qui manquait à notre désir dirait Rimbaud. Ça déchire grave ajouterait mon voisin du dessous en bon fan des vices. Bref c’est un juste milieu entre toutes ces citations érudites pour impressionner nos mamans si elles lisent ces quelques lignes.

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