« Je vous dois la vérité en peinture, et je vous la dirai » disait l’autre. A Criss Cross nous avons pris cette devise à notre compte. Chose promise, chose due, voici donc une série de découvertes emberlificoteuses, à commencer par ce big band berlingot berlinois qui fonce à l’allure d’une Berline brillamment briquée. Leur nom est rallonge, Andromeda Mega Express Orchestra, mais leur musique n’y va pas par quatre chemins.

Point de blah blah, le groupe lui même débute sa présentation sur le site par « la meilleure façon de vous informer, c’est de nous écouter et de venir nous voir jouer » Dont acte. Pas d’impatience à avoir, son et image arrivent dans quelques instants, mais d’abord quelques remarques remarquables sur cet orchestre ébouriffant. Mené par le saxophoniste Daniel Glatzel, l’Andromeda Mega Express Orchestra compte pas moins de vingt membres. Si le son d’ensemble impressionne, passant en un instant d’une mer horizontale hollywoodienne à une tempête verticale à la Ornette Coleman, il faut néanmoins saluer la performance délicieusement gazouillante des flûtistes Oliver Roth et Laure Mouro. Jubilatoire, enivrant, aussi surprenant que le Duke Ellington Orchestra qui serait revenu de parmi les morts pour signer la bande son du nouveau Charlie Chaplin (lui aussi pour l’occasion revenu de parmi les morts), l’AMEO (pour les intimes) vient de sortir un disque à la hauteur de leur talent, « Take Off ». Les fans du Sacre du Tympan apprécieront, les autres aussi.
En plus comme les bougres sont malins comme un trader post-crise, ils ont choisi de joindre l’utile à l’agréable en convoquant les services de Henning Wagenbreth, magnifique graphiste de son état. Le disque comporte d’ailleurs un livret de 20 pages très impressionnant à ce qu’on dit, malheureusement, le destin, ce méchant gredin, n’a pas souhaité nous laisser le toucher des yeux. Mais on le remercie lui et l’AMEO de nous avoir fait découvrir ce cher Henning. Le garçon possède un site des plus charmants (www.wagenbreth.de) et vagabonde dans une esthétique qui n’est pas sans rappeler les grands noms des Graphic Novelists chers à notre coeur, de Chris Ware à Charles Burns. Quelque chose de 70, quelque chose de coloré, quelque chose de Tennessee (François Tennessee, notre voisin fan de Pierre La Police). L’AMEO, c’est du grand art : à manger pour les yeux et à boire pour les oreilles
Bref, vivement qu’ils viennent de ce côté du Rhin, ces vibrants garnements. Car « si tu ne vas pas à Criss Cross, Criss Cross ira à toi » disait Lagardère, qui s’y connaissait en formule choc.
Une spéciale cacedédi au camarade Josselin Carré pour nous avoir fait découvrir l’AMEO. On lui revaudra ça, un jour.


