Dans la série « la fortune sourit aux audacieux » et après le premier épisode écrit par Pat Metheny, voici le « Art of Love » (Deutsche Grammophon/Universal) de Robert Sadin. Ce nom ne vous dit sans doute pas grand chose, le genre à recevoir des faux appels pour la boucherie Sanzot. Pourtant le Monsieur a produit le splendide « Alegria » de Wayne Shorter ou l’album de Sting inspiré d’Italo Calvino « If on a Winter’s Night ». Amateur de défis musicaux, Robert Sadin s’est mis en tête de colorier (musicalement parlant) les poèmes de Guillaume de Machaut. Non, ce n’est pas la tête de liste UMP pour les régionales en Normandie, mais un poète français du XIVe siècle. Et sur le modèle du captivant « Lambarena » où Nana Vasconcelos habillait Bach sous de costards africains, Robert Sadin se moque des frontières et livre de splendides, émouvants, chatoyants arrangements cosmopolites aux vers de notre Guillaume national. De l’ouverture Love Without End qu’on croirait sortie d’un disque d’Anouar Brahem à la poignante récitation de Madeleine Peyroux sur Amour me fait désirer, le disque passe d’un continent à l’autre en un clin d’oeil, d’Amérique du Sud en Afrique, d’Europe en Moyen-Orient. Doté d’un carnet d’adresses presque aussi fourni que celui de feu-Eddie Barclay, Sadin collectionne, cerise sur la brochette, les interprètes les plus prestigieux: Brad Mehldau, Milton Nascimento ou Cyro Baptista, inspirés comme jamais. On ne vous fera pas le coup éculé de l’ODNI (objet discographique non identifié), ni même de l’OVNI (objet vivifiant non identifié), ni même de l’OVIALE (on vous invite à l’écouter), mais le coeur y est.


