Troisième épisode de nos découvertes 2010. Vous avez aimé l’Andromeda Mega Express Orchestra? Vous avez raffolé du l’Electric Epic de Guillaume Perret? Laissez-vous tenter par le côté obscur de Thomas Savy (brrr, ce regard noir sur sa pochette, on dirait Anthony Hopkins dans le Silence des Agneaux). Bon, d’accord, avec le clarinettiste frenchy, on ne peut pas vraiment parler de « découverte ». Pourtant avec la sortie de son nouvel et brillant opus « French Suite », on peut effrontément effleurer le mot “redécouverte” tant son talent y apparaît totalement dépoussiéré, spontané et à l’état brut.
Pour célébrer sa centième production, le label Plus Loin a réservé au nouvel opus de Thomas Savy un écrin singulier: format carré 17 cm accompagné d’un livret BD où le clarinettiste explique son projet. La démarche a du bon: placé dans une discothèque entre Sanders Pharoah et Scott-Heron Gil, « French Suite » frappe le regard. Et pour ne rien gâcher, la musique qu’il referme frappe l’audition. Ça commence par une ouverture qu’on dirait tout droit sortie du formidable trio Sclavis-Texier-Romano (« Suite Africaine »): grave, endiablé, dévergondé. Pourtant, Savy s’en détache très vite pour laisser s’exhaler une ambiance new-yorkaise capiteuse qui donne envie d’aller manger son hot dog sur une plaque d’égout fumante. Entouré d’une paire rythmique américaine étoilée (Bill Stewart et Scott Colley), exilé au prestigieux studio Systems Two de Brooklyn, le clarinettiste se sent pousser des ailes dignes d’un Boeing d’American Airlines.

Doté d’un sens du récit épatant, Savy se lance dans des phrases pleines de panache, empreintes d’une sauvagerie érudite digne des Mingus et autre Monk. A eux trois, ils réussissent à évoquer les grands heures du hard bop sans piano – et l’ombre du Colosse Rollins fait parfois quelques apparitions éclatantes. Alors pour fêter ce grand disque (car on aime fêter les trucs il faut bien le confesser), Criss Cross est allé fouiner à la lampe torche dans ses archives pour retrouver une vidéo prenante du garçon, nouvelle preuve d’un talent protéiforme qu’on compte bien pister avec la nonchalance jouissive d’un Derrick en pleine traque.


