EN DIRECT LIVE michel edelin roscoe mitchell

Non, Criss Cross ne vous dévoile pas une indiscrétion glanée au détour des travées de l’Espace André Malraux du Kremlin-Bicêtre: Roscoe Mitchell n’est pas en couple en Nicole Mitchell. C’est juste la paire gagnante d’une intense soirée de Sons d’Hiver. L’un a fait montre d’une classe hors normes avec son quintette, l’autre s’est révélée être une invitée de standigne, comme dirait Raymond Queneau, aux côtés du trio de Michel Edelin, lors d’un fête à la flûte réjouissante.

Le disque de Michel Edelin « Kuntu » paru chez Rogue Art l’an dernier, nous avait déjà mis la pupuce à l’oreillette. On savait que la flûte allait être à l’honneur. Et on n’a pas été déçus du voyage. En quintette avec des invités très inspirés (Steve Lehman saxophoniste distingué from New York et Nicole Mitchell flûtiste prestigieuse from Chicago), le flûtiste frenchy a délivré un concert passionnant, entraînant et enchanté où planaient les fantômes de René Char, Ornette Coleman et Raymond Queneau.

La paire rythmique du trio Michel Edelin, Jean-Jacques Avenel et John Betsch, des mains de fer dans des gants de velours côtelé. Ah, le velours côtelé, l’un de nos matières préférées avec le vinyle…

L’équipe au grand complet. Attention, Steve, tu es en train de broyer l’épaule de Nicole. Ça va, elle semble le prendre avec le sourire. On remarque le splendide sourire Freedent de John Betsch en directe concurrence avec le regard malicieux digne de George Clooney dans la pub Nespresso de Jean-Jacques Avenel, what else?

On ne savait pas à quoi s’attendre avec Roscoe Mitchell, saxophoniste légendaire du Art Ensemble of Chicago, capable du meilleur de chez meilleur, comme du moins bon de chez moins bon. Et bien, en ce soir frisquet de février, le Monsieur a choisi la première solution, bien lui en a pris. Un quintette fabuleux qui claque tout de suite l’ambiance avec une première pièce écrite au cordeau, jouant avec les silences, les notes semi-avortées et la musique classique contemporaine.

Très vite, Roscoe Mitchell fait tomber la veste et se lance dans une seconde pièce totalement improvisée d’anthologie. Le genre de morceau quasiment punk où le temps suspend son vol, le public retient sa respiration, les musiciens taquinent les muses en bons coquinous.

Un grand musicien, c’est souvent davantage un auditeur attentif plus qu’un beau parleur excessif. Leçon n°1, Roscoe Mitchell se nourrit du solo de son compère Hugh Ragin.

Leçon n°2, le regard qui tue, la prise de sax pour annoncer la prise de bec. Décidément, on ressort de ce concert avec un sentiment en tête: Roscoe Mitchell, c’est la classe, un costard taillé au poil, une discrétion d’agent secret au service de sa Majesté, un sens de l’écriture dandyesque à faire pâlir de jalousie Oscar Wilde dans sa demeure éternelle du père Lachaise.

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