JAZZ CLASH yoann durant guillaume perret

Ils ne se connaissaient pas, s’étaient entre-aperçus en concerts, ont pu faire connaissance le temps que Criss Cross trouve son chemin. Car on connaît bien les recommandations de Madame de Rothschild: arriver à l’heure ce n’est pas poli, donc on suit souvent ce précepte à la lettre… Alors, voilà, on a décidé de créer des « jazz clash » entre les jeunes musicos auxquels on croit dur comme fer, si on ment on va sur le champ à la séance de 22h du Baltringue de Vincent Lagaf’. A notre droite Yoann Durant, saxophoniste plasticien du Trio DuLaBo, à notre gauche Guillaume Perret, saxophoniste enflammé de l’Electric Epic. A vos marques, prêts, feu… Première partie de cet entretien « fleuve »: retour en enfance, les deux garçons discutent le Creusot TGV, squats suisses, école plus ou moins buissonnière: la génération Mitterrand au pouvoir!

guillaume perret yoann durant

Vous venez tous les deux de la région lyonnaise?
Yoann Durant : Je ne suis pas du tout un Lyonnais! Comme Seb et Arnaud [du trio DuLaBo], on vient du Creusot, Le Creusot TGV! (rires collectifs)
Guillaume Perret : Dans le wagon restaurant? (rires)
YD : Non, juste à côté de la gare! Et après on a émigré à Lyon.
GP : Moi, j’ai peu traîné à Lyon.
J’ai grandi à dans le coin d’Annecy-Chambéry et vers 20 ans j’ai commencé à avoir du taf en Suisse. J’y avais un bon réseau et j’y ai squatté cinq ans, sans papiers. Après avoir fait le tour du réseau des zicos, je suis rentré en France. Je m’étais un peu fait les dents sur quelques projets, j’avais managé et organisé des répétitions des trucs en collectif, j’ai fait un peu de développement, j’étais armé pour démarrer mon truc…

Qu’est-ce que tu as pensé de la scène suisse?
GP : Super. C’est une scène vraiment « open », d’ailleurs j’y ai encore des contacts. Je continue de jouer avec des musiciens suisses.

Tu as fréquenté les musiciens d’Erik Truffaz?
GP : Oui, je connais un peu Erik mais on n’a jamais joué ensemble, mais je joue en ce moment avec son batteur et j’ai déjà joué avec son bassiste, enfin, les premiers mecs de son premier quartette qui sont vraiment adorables.

yoann durantEt la scène du Creusot?
YD : Moi aussi peux aussi vous parler de la scène suisse! J’y ai passé pas mal de temps avec Rodolphe et Romain [
Loubatière et Dugelay de RYR] on a surtout joué et répété à l’AMR à Genève [Association pour l'encouragement de la Musique ImpRovisée]. D’ailleurs on y joue avec Trio DuLaBo le 12 février. On est quelques-uns à venir du Creusot dans le collectif BIGRE! comme Félicien Bouchot, Joel Dziki, l’administrateur du collectif. D’ailleurs quand on était au lycée, on avait monté un groupe de funk avec Joel au clavier basse que j’avais acheté 50 euros au marché.

Guillaume, quel est ton parcours? Tu as commencé par le jazz, car Electric Epic c’est plutôt rock, voire hard rock?
GP : Non, en fait à Lausanne je jouais dans un petit quartette jazz un peu free qui n’était pas mon groupe. Et un jour lors d’une répétition, on a profité de l’absence du bassiste pour ajouter des pédales d’effets et on a trouvé une formule un peu plus rock qui sonnait bien. Du coup, au fur et à mesure, j’ai pris le groupe en main et je me suis mis à écrire un peu plus de compositions, en gardant cette formule davantage rock et explosive. Ensuite, j’ai composé, toujours dans ce style, de la musique pour des pièces de théâtre: j’ai élargi un peu le son et j’ai creusé jusqu’à trouver des systèmes de micro originaux et je suis allé au bout de cette idée.

Du coup, ta culture à l’origine n’est pas vraiment rock?
GP : C’est marrant, je me rends compte que les disques qu’écoutaient mes vieux m’ont beaucoup influencé: Frank Zappa, King Crimson, les Beatles, John Surman, Soft Machine, Magma, Terry Riley… Au début, j’ai fait le Conservatoire classique, ce qui commence à se ressentir un peu dans mes compos… la musique contemporaine aussi, des partoches de huit mètres que tu prends des mois à déchiffrer, j’en ai fait pendant longtemps… Et puis j’ai fait beaucoup de collaborations, des cours de danses africaines, du funk… Un peu tout, tant que ça reste des potes dans un univers un peu créatif…

Et toi Yoann, quel est ton parcours?
YD : Je me rends compte mes premières années de musique m’ont vraiment marqué. Je me souviens avoir vu un concert de celle qui allait devenir ma prof de saxophone, dans l’église du village de ma grand-mère… Du coup, je me suis inscrit dans l’école de musique du Creusot qui était assez avant-gardiste pour l’époque. On a commencé par jouer du saxophone soprano courbé. C’était drôlement bien pour débuter car c’était facile: on arrivait à sortir des sons en soufflant comme des bourrins. J’ai tout de suite baigné dans un univers de jeu et de plaisir. Les premiers cours étaient collectifs et j’étais avec quatre filles: à 9 ans, c’était important d’être en groupe et avec des filles! On faisait du Bach, de l’impro dans le noir, du jazz, des branles du Poitou…

GP : Oh cool! Moi j’ai eu un prof pendant 12 ans qui m’a tapé sur les doigts, en me répétant « ça va pas le faire mon gars »… Il me cassait à fond.

Un petit Shi Fu Mi amical de fin d’interview. Rien à voir avec l’affrontement sanglant entre René « le puits » Urtreger et Tigran « le papier d’Arménie » Hamasyan qui s’était déroulé à l’Olympia lors de la soirée TSF.

YD : Non? Moi je n’ai pas eu ça! Elle s’appelait Sophie Berthommé, elle était très ouverte. Puis, j’ai eu son mari Jacques Baguet. Ils n’enseignaient pas la musique de manière classique et ne nous rabâchaient pas les oreilles avec les gammes, les études… Dans cette école, on jouait à faire de la musique. Puis, au lycée, on a monté un groupe de funk, on était soutenu par la région; on a sorti un album. On a bossé avec Jérôme Thomas et le trio de Franck Tortiller. Ensuite, je suis allé à Mâcon, j’ai rencontré les mecs du Crescent et la scène reggae avec la Cave à Musique. J’ai passé mes diplômes classiques. A Villeurbanne, j’ai fait une rencontre très importante, Jean Cohen, le fondateur du Cohelmec Ensemble dans les années 70, personne ne sait ça aujourd’hui mais à l’époque c’était fou, ils jouaient du free jazz en toge avec des bougies! Et puis le Grolektif a commencé et j’ai pris des cours au CNR de Lyon de musique contemporaine et classique. J’avais tenté le CNSM de Paris en musique classique et ça n’a pas marché… tant mieux!

En fait tu as bien profité de ce qu’offrait ta région?
YD : Je suis vraiment issu d’un truc 1981-génération François Mitterrand. Je suis passé par des voies institutionnelles: écoles de musique, Conservatoire et j’ai reçu des aides de l’Etat : Assedic, intermittences. Mais ça ne m’a pas empêché de jouer aussi dans des squats, de monter des collectifs. J’ai aussi joué dans des théâtres, des bars…

guillaume perretTu es passé par ces voies-là aussi Guillaume?
GP : J’ai fait le cursus normal (Conservatoire…), mais sans croire en mes profs… j’étais toujours été le mauvais élève. Je faisais un peu ce que je voulais, mais je réussissais aux exams, du coup je me faisais encore plus mal voir! Comme je suis allé en Suisse, je n’ai pas bénéficié des aides françaises et je n’ai jamais passé de concours. Je faisais plutôt des jams: à New York, à Londres, en Suisse… Je me suis fait les dents un peu tout seul grâce à ces expériences professionnelles. Au départ, c’était du jazz pur et dur, puis je me suis aventuré vers d’autres mélanges…


Vous vous souvenez du moment où vous vous êtes dit que vous pourriez devenir professionnels?
GP : Depuis toujours, en fait je ne me suis jamais posé la question…
YD : Moi non plus, c’était assez évident!

Vos parents étaient contents?
GP : Ce sont mes parents qui m’ont inscrit au Conservatoire, parce que je chantais tout le temps, je faisais des percus, je ne pouvais m’empêcher de tapoter sur des claviers. Ma mère m’a bien encadré et drivé quand j’étais petit et flemmard. Et mon père m’a poussé à passer des diplômes. C’est dans un coin, ça servira un de ces quatre!
YD : Mes parents m’ont toujours soutenu et supporté. Ils ont toujours été très attentifs. Ils m’ont aidé à acheter mon premier saxophone et ce n’est pas rien quand on en connaît le prix! Mais c’est vrai qu’ils étaient rassurés que je passe des diplômes et que je fasse des études… mais je l’ai fait aussi pour moi. Merci les parents!
GP : Nous, on faisait des concerts à la maison pour les amis de mes parents, la famille, surtout avec ma petite soeur qui est pianiste à Lyon [Alice Perret des Lunatic Toys]. Elle jouait du violon, j’étais au piano. Et après, elle a commencé à jouer mieux que moi… donc j’ai arrêté!

Deuxième partie à venir très vite, le niveau montera d’un cran: jazz, rock, choc des générations et coups de coeur seront posés sur la table de discussion.

Mille mercis aux musiciens pour s’être prêté au jeu et à Camille Larouchi pour son aide précieusissime (ah néologisme, quand tu nous tiens…)

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