Quand l’un des groupes les plus géniaux des années 90 repique une géniale boucle d’un des groupes les plus géniaux des années 70 dans un génial morceau de génie, ça fait beaucoup de génies, de superlatifs, de points d’exclamation et autres borborygmes de plaisir dans un même lieu. Quel est le point commun entre Portishead et Weather Report? Réponse vidéo pour le maintenant mythique Jazz Sample du dimanche.
1995. Un tube cataclysmique de spleen et d’idéal, Glory Box, fait exploser au grand jour un groupe d’un nouveau genre, le trip-hop. Certains chésbran avaient déjà au vent de leur existence. Certains mêmes avaient déjà la K7 dans leur walkman blanc rouge griffé Michael Jordan. D’autres découvrent le 3e single d’un chef-d’oeuvre de mélancolie à se couper les veines à coups de ciseaux sans pointe: « Dummy » (1994). Tous découvrent Portishead et la voix fantomatique et à pleurer de Beth Gibbons. Un billet de cent francs old school (le téléchargement n’existait pas encore, qu’est-ce qu’elles sont ringardes ces années 90…), et l’on achetait dans son centre culturel Leclerc un exemplaire du-dit disque. Et on tombait sur quoi? Sur ce diamant noir, Strangers, capable, même en plein de soleil, d’apporter un frissonnant vent d’automne dans les oreilles.
Mais nos trip-hopeux sont des enfants élégants de 70. Et ce sample d’ouverture, ils sont allés le chercher chez les fusionneurs de Weather Report. Oui, mais pas sur n’importe lequel de leurs albums: sur « Black Market », sorti en 1976. Rien d’autre que la première apparition discographique du flambeur magnifique qu’était Jaco Pastorius. Intitulé Elegant People, la pièce rappelle aux oublieux la puissance des claviers de tonton Zawinul et la beauté des mélodies de tonton Shorter. Hum… c’est bon comme les gâteaux de mamie.



