Il faut l’avouer, le confesser en se flagellant avec les roses désséchées qu’on s’est nous-mêmes offertes pour la Saint-Valentin: jusqu’à aujourd’hui, on n’y croyait que (très) modérément à Christian Scott. Ce côté bête de foire surdouée qui lui collait à la peau sur son premier fait d’armes « Anthem », très peu pour nous, merci. Mais le temps, qui fait bien son boulot, a eu raison de nos réticences. Pour son second album studio, le trompettiste oublie son côté pompier flambeur pour préférer le versant ouvrier besogneux. Sur « Yesterday You Said Tomorrow » (Concord/Universal), le Néo-Orléanais ne cherche plus à impressionner les Muses avec ses pectoraux fort bien dessinés ma foi, il cherche juste à les taquiner avec malice. Finis les gros effets, Christian Scott renoue enfin avec un certain minimalisme qui lui réussit beaucoup mieux. Et il l’avoue lui-même, ce disque il l’a bossé comme jamais et ça s’entend. Tout apparaît maîtrisé, pesé, soupesé, repesé, repensé – peut-être trop, Jenacide en devient un poil ennuyeux. Pas un pet de trop, tout est millimétré, à l’image du splendide Isadora, capiteux comme tout. On avait bien remarqué que notre trompettiste aimait le rock sur « Anthem », mais justement on le voyait trop. Ici, on le sent, ce qui est bien mieux. En plus, alors que Radiohead fait désormais partie intégrante du répertoire jazz au même titre que Gershwin, Scott a la bonne idée de revisiter une pièce éponyme de l’album solo de Thom Yorke, The Eraser, un petit bijou d’arrangement – on retrouve même des traces de l’écriture du père Yorke dans The American’t ou Angola… Alors, comme le journaliste du Chicago Tribune qui, après avoir mis en question le talent de Joakim Noah, en a bouffé son papier, on est bien obligés de l’avouer: Christian Scott n’est plus une promesse d’avenir, c’est un plaisir du présent.
La version du père Yorke
La version du gars Scott


