CHAMBRE D’ECOUTE issam krimi

Avec ce Piano Solo (Bee Jazz/Abeille Musique), Issam Krimi réussit avec Barbara ce que Joann Sfar a échoué avec Gainsbourg. Loin de chercher à faire un biopic musical de la Dame brune, le garçon se fait son film à partir d’une poignée de chansons phares de la chanteuse disparue en 97. Résultat: Vienne, Ma plus belle histoire d’amour ou Dis, quand reviendras-tu ne baignent pas dans le formol mais dans l’elixir de jouvence. Comment jouer Barbara dans une époque post-Barbara marquée par l’avènement de Radiohead et de l’art de la reprise édicté par Brad Mehldau? Tel semble être le souci d’Issam Krimi. Et notre pianiste y parvient avec brio, singularité et un certain panache. Piano Solo fonctionne comme un film: des gros plans sur certaines mélodies, des flashbacks, des ellipses, des ralentis, des montages serrés, une vraie ouverture, une vraie conclusion, un vrai sens du récit et de la mise en son: bref Issam Krimi fait, comme Godard, du montage son beau souci. Il s’amuse par exemple à diviser les chansons en deux parties pour insérer en plein milieu des seyants interludes de son cru. Tantôt émouvant, tantôt minimaliste, tantôt bouleversant, tantôt (très) contemporain, le piano d’Issam prend toutes les couleurs. Et comme dans tout bon disque solo, le musicien n’est jamais vraiment seul, jouant des polyphonies de son instrument comme Don Draper (dans Mad Men) de ses maîtresses. Cerise rose sur le gâteau-disque, le visuel du disque (réalisé par Element-s déjà à l’oeuvre sur le « Around Robert Wyatt de l’ONJ) reprend à peu de choses près la Criss Cross couleur. L’important c’est le rose disait l’autre qui avait donc prévu que tous les grands événements de 2010 seraient roses: Criss Cross, les élections régionales et le nouveau disque d’Issam Krimi. Il est fort ce Bécaud.

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