PLEIN LES MIRETTES hakon kornstad

Des découvertes comme ça, on n’en fait pas à tous les coins de disque. Des gars qui arrivent à jouer seuls bien qu’accompagnés, on en connaît plein. Mais des musiciens qui arrivent à jouer accompagnés bien qu’étant seuls, ça c’est moins fréquent. C’est pourtant l’exploit que réussit Hakon Kornstad, jeune saxophoniste norvégien hallucinant. La preuve en images et en sons. Attention talent comme dirait une firme qui a déserté la musique.

Hakon Kornstad, on l’a découvert avec ce Sweden sur son premier album solo, « Single Engine »:

Cette capacité à s’accompagner lui-même, à faire sonner son sax comme personne, cette habilité à créer comme des effets analogiques comme la seule force de son poignée, peu de musiciens peuvent s’en vanter. Mais surtout pour l’avoir vu un jour en duo avec l’un des plus grandes voix de nos temps embrumés (Sidsel Endresen, soit le moteur hybride entre Björk et Brigitte Fontaine), Criss Cross peut témoigner d’une chose: Hakon Kornstad n’aime pas que les plaisirs solitaires. Même s’il excelle dans cet art ancestral, le garçon se révèle être un précieux compagnon de jeu pour Bugge Wesseltoft, Anja Garbarek, Ingebrigt Flaten ou le groupe électro-free-rock-pop-machin-chose Wibutee. Et sa complicité improvisatrice avec la dame Endresen, où chacun cherchait à surprendre l’autre, reste l’une des choses les captivantes données à becqueter à nos feuilles de chou encrassées.

Mais ce n’est pas tout, Hakon Kornstad a plus d’une corde à son sax: également graphiste, c’est lui qui a signé une partie des pochettes de Jazzland, le label fondé par Bugge Wesseltoft. Il sait tout faire le garçon, heureusement qu’à Criss Cross, on n’est pas d’un naturel jaloux car nous aussi on cumule les talents (capacités à faire un W avec la langue ou du vélo sans roulettes ou à arriver en retard en tout lieu même en partant avec une heure d’avance). Bref, son truc à lui, c’est les typographies comme il en parle dans cette interview, à commencer par ses propres sites (wibutee.net, www.kornstad.com) ou ses propres pochettes chiadées au possible.

« Single Engine », Jazzland, 2007

« Dwell Time », Jazzland, 2010

A propos de « Dwell Time », juste deux derniers mots pour vous claquer l’atmosphère de ce disque splendide. Enregistré live dans la Sofienberg Church d’Oslo (rien que ça, c’est classe), « Dwell Time » va encore plus loin que son prédécesseur: plus intense, plus minimaliste, plus surprenant. Kornstad continue d’explorer son instrument, de rythmer ses propres mélodies avec les clés de son instrument (Noir, Klaf, Oslo), de s’amuser à hanter le spectre sonore comme Michael Jackson Neverland, mais aussi persistance salvatrice à créer des nappes enveloppantes comme de fines couvertures devant un feu de bois mélancolique (Still One). Un grand disque entérinant une nouvelle manière de comprendre le climat si particulier de la Scandinavie, si loin si proche d’un Arve Henriksen, de Sigur Ros ou de Jan Garbarek.

En bonus, le clip rongeur de Wibutee:

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