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Ouverture en fanfare (ou plutôt en groupe, la fanfare des Soul Rebels c’est pour demain) de Banlieues Bleues hier à l’Espace 1789. Deux shows quasiment opposés mais loin d’être antinomiques. A notre gauche, Roy Nathanson et son Sotto Voce intimiste mixant poésie, standards, hip-hop, jazz New Orleans, sans tambour ni trompette. Après le minimalisme, Butch Morris sort la cavalerie « conductant » le Nublu Orchestra augmenté pour l’occasion de Rubin Steiner et Denis Colin: on admire bouche bée une masse sonore renversante se faire malaxer, maltraiter, manipuler avec un brio décapant. Une soirée de très haut niveau qu’on n’est pas prêts d’oublier dans les Criss Cross d’Or 2010.

Saint-Ouen avait comme un parfum new-yorkais avec la venue de Roy Nathanson venu présenté son mirifiant « Subway Moon » créé sur les planches mêmes de Banlieues Bleues. Lovés dans les fauteuils de l’Espace 1789, en fermant les yeux, on avait comme l’impression de se retrouver plongés dans le Barbès de la Grosse Pomme où le saxophoniste-poète a pour habitude de jouer.

Pour l’occasion Nathanson nous a même offert un poème inédit sur les prépositions et les conjonctions de coordination (bel exploit de les rendre poétiques!). Dédié et récité à sa femme lors de leur mariage, il avait promis à sa moitié de le garder secret… Roy, c’est un peu comme Columbo, il est toujours en train de parler de sa femme, même quand il dédicace un morceau à une belle inconnue rencontrée dans le métro, il rappelle son amour pour Miss Nathanson. Un minimalisme poignant, frais et spontané porté par un Napoleon Maddox grandiose et un Tim Kiah éclatant. Ce spoken word, à mi-chemin entre le hip-hop et la récitation doit beaucoup à la beat box du premier, alliage subtil entre une batterie organique et une voix pleine de swing.

Sotte Voce, c’est un art de la polyphonie étonnant. Et tout le monde met sa voix à la pâte. A commencer par Sam Bardfeld, héros très discret du violon. Egalement à l’ordi, son jeu de « bateau » vaut le déplacement sur une version émouvante franco-américaine de On a Slow Boat to China.

Sur scène, Nathanson le conteur fait encore plus penser que sur disque aux expériences musicales d’Allen Ginsberg. Ici avec le fidèle parmi les fidèles, le tromboniste Curtis Fowlkes, membre éminent des Jazz Passengers. Un show qui est passé comme une lettre à la Poste (enfin plutôt comme un mail sur le Net), qui donne le sourire au lèvre à l’image de leur version ensoleillée du légendaire Sunny de Bobby Hebb. « Subway Moon » est décidément un grand disque, Nathanson un artiste passionnant à découvrir dans les prochains jours sur Criss Cross…

C’était l’événement du jour: Butch Morris faisait sa première « Conduction » parisienne, mais la 190e du nom… il était temps! Si la « Conduction » est une improvisation dirigée en directeur par le fil… conducteur qu’est Butch Morris, le Nublu Orchestra a travaillé avec le maître pendant plusieurs jours. Certains avaient l’impression de retourner à l’école sous les leçons de Monsieur le Professeur Morris. Mais au final le résultat était captivant.

Le voir déplacer les masses sonores en un geste, observer le son obéir au doigt et à l’oeil des gestes, savoir qu’à chaque seconde, tout peut changer en un moment, se révèle être une expérience unique. Avec sa silhouette à la Morgan Freeman, Butch Morris, le coquin, aime jouer avec les frustrations, des auditeurs et des musiciens: il coupe en plein milieu une montée tellurique à la Godspeed You! Black Emperor, il s’amuse avec les attentes des musiciens et avorte l’ultime rappel en un sourire ponctué d’un « bonne nuit ». Du grand art.

La « Conduction » c’est aussi tout une série de gestes « conducteurs » mystérieux. Et comme à Criss Cross, on est à la pointe de la technologie (on vient d’ouvrir notre page minitel 3615 Criss Cross allez voir), voici une petite surprise pour vous donner un aperçu de tout ça. Elle est pas « plus belle la vie »?


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