EN DIRECT LIVE brad mehldau

Comme Criss Cross ne fait rien comme les autres, ce n’est pas au prestigieux froufrouteux théâtre du Châtelet qu’il est allé (re)découvrir Brad Mehldau en tête à tête avec son piano, mais au Prisme d’Elancourt: moins cher, plus intime, moins m’as-tu-vu, plus chaleureux. Un seul hic, le pianiste américain, tel Kurt Cobain dans « Live Tonight Sold Out », exigeait « no photo, no video ». Nous ne déplorerons pas une nouvelle fois la triste banalisation de ce genre de décisions, mais tenterons de faire mauvaise fortune bon coeur en nous efforçant de rendre compte de ce show avec les moyens du bord.

Au commencement était le Prisme, sympathique salle des Yvelines.

Bon, hier soir tous ces sièges bleus étaient bien remplis, et d’un public plutôt hétéroclite. Des jeunes, des vieux, des petits, des grands. Sans oublier, les quasi vieux et les presque jeunes et les tailles moyennes. Bref, le 78 était impatient de voir en vrai l’un des pianistes les plus originaux de ces dernières années.

An centre de la salle trônait un piano, à peu de choses près ressemblant à celui-ci. Bon la nuit, tous les pianos sont gris, et puis un piano sans pianiste c’est un peu comme un corps sans âme, une sorte de meuble ornemental zébré.

Ponctuel comme un invité poli (cinq minutes de retard dixit Nadine de Rotschild), Brad Mehldau débarque sur scène (sous vos applaudissements dirait Jacques Martin) dans un seyant costume marron sans cravate.

Sans transition, l’Américain débute par le Bittersweet Symphony de The Verve. Très vite, dans le feu de l’action, Brad fait tomber la veste et laisse apparaître une chemise elle aussi marron – ou beige, ou autre, à Criss Cross on est plus daltoniens que Lucky Luke.

Assister à un récital de piano solo, c’est aussi saisir au vol toute une série de gestes et de tics de l’instrumentiste. Nous on se concentre sur le jeu de pied du virtuose, ce qui nous rappelle que pour jouer du piano il faut bien vingt doigts et non seulement dix.

On décale un peu notre vision et aux pieds de Brad, on remarque l’omniprésente bouteille de Cristaline. Elle était déjà hier à Banlieues Bleues, elle est dans tous les bons coups décidément. Nous on préfère d’autres genres de boissons, mais bon…

Tous ceux qui ont vu Brad Mehldau en concert savent à quel point l’Américain fait également, à la manière d’un Patrick Sébastien, tourner la serviette entre chaque morceau, comme dans un rituel païen ou comme un doudou enfantin, au choix.

En solo, une concert de Brad Mehldau, c’est comme un blind-test grandeur nature et surtout grand luxe. Et on observe les sourcils du public se froncer à chaque nouveau morceau à la recherche du nom des chansons malaxées par le pianiste. Et si le jeu est amusant et il est aussi passionnant. Découvrir le Dream Brother de Jeff Buckley, God Only Knows des Beach Boys ou le Smells Like Teen Spirit de Nirvana mehldauisés est un plaisir sans fin. Et il semble que hier soir, le plaisir était contagieux. Alors que Télérama nous révélait que Mehldau n’avait fait qu’un seul rappel quelques jours plus tôt pour les Parisiens, ce n’est pas moins de six retours sur scène que l’Américain a offert au public yvelinois.

Et une fois le concert officiel terminé, c’est comme un autre Mehldau qu’on découvre. Détendu, souriant, swingant à souhait. Et ses versions du Things Behind The Sun de Nick Drake ou du Moose The Mooche de Charlie Parker sont à couper le souffle. Et le meilleur reste à venir: cette semaine sort « Highway Rider », son nouvel opus très osé dont on vous reparle très vite…

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