PLEIN LES MIRETTES madlib

Ces dernières semaines, Madlib se montre aussi prolifique sur Stones Throw qu’un Lionel Messi au FC Barcelone. Projets à gogo, pseudos tarabiscotés en veux-tu en voilà, univers musicaux à 360 degrés, un seul dénominateur commun se détache: le tribut qu’il doit au jazz. Et avec lui, le jazz n’a jamais été aussi cool, chic, classe.

Essayons de résumer les épisodes précédents. Comme Stendhal et Volaire, Madlib aime multiplier les pseudonymes. L’auteur de La Chartreuse de Parme en a collectionné 350, le créateur de Madvillain un peu moins, mais la série est en cours – à la différence de Stendhal qui a abandonné la partie. Jusqu’il y a peu, il aimait signer ses disques les plus nourris aux mamelles du jazz du nom de Yesterdays New Quintet. Bref du jazz empli de funk, de soul, d’electro. Un jazz à la coule dirait De La Soul et maître Capello réunis.

Il y a trois ans, le Californien dissout le collectif virtuel (Ahmad Miller, Monk Hughes, Malik Flavors, Joe McDuphre et lui-même sous son véritable nom Otis Jackson Jr.) pour lui préférer le Yesterdays Universe, expansion du premier (appréciez la plus-value puisqu’on passe de cinq à l’univers) à l’occasion de la sortie d’une compilation mirifique rassemblant toutes les productions jazz du bonhomme. Pour ceux qui aiment les listes, on y retrouvait: The Jazzistics, Young Jazz Rebels, The Jahari Massamba Unit (avec le batteur protéiforme Karriem Riggins), Suntouch ou encore Jackson Conti (avec le Brésilien Ivan « Mamao » Conti).

Bref, on dirait la maison qui rend fou des 12 Travaux d’Asterix. Mais, à l’intérieur de ce nouveau tronc madlibien naissait par la même occasion une ramification baptisée Last Electro-Acoustic Space Jazz & Percussion Ensemble avec laquelle il a sorti deux pièces de 40 minutes baptisées « Summer Suite » et « Fall Suite« . Mais l’Américain annonçait depuis longtemps et un premier opus en bonne et due forme de cette formation de « jazz fusion ». Le voici, le voilà enfin. Avec « Miles Away », l’Américain joue sur les mots et il fait plus sûrement référence à Miles Davis qu’au titre homonyme de Madonna, mais sait-on jamais… Quoiqu’il en soit avant même de parler musique, à Criss Cross on aimerait bien avoir dans notre salon la toile de Radek Drutis, peintre fidèle à Madlib.

Mais un visuel qui tue ne serait pas grand-chose sans un packaging qui tient la route. Et là chapeau bas à Stones Throw (distribué en France par Discograph) pour donner au CD l’allure d’un vinyle.

Même de dos, c’est beau. Elle est pas classe la vie?

Tout de suite, l’atmosphère est lancée. Tout de suite, on est placés dans les meilleures conditions d’écoute. Et le son d’intérieur est tout aussi classe. Il confirme les deux tendances lourdes du Madlib jazzman: une forte influence du jazz des sixties-seventies et dans cet opus une forte inclination pour les vibraphones et les flûtes – les fans de Pharoah Sanders seront ravis. Mais surtout, ce qui importe à l’Américain, c’est de créer du lien entre la tradition et la modernité, entre les années 60 et les années 2010. La musique de Madlib n’a jamais le parfum « Francis Cabrel » du « c’était mieux avant ». Non, avec Madlib, on est plus du côté: c’était génial avant, mais avec les moyens d’aujourd’hui tout ça sonne de manière nouvelle grâce à l’existence du hip-hop et de l’electro.

Car la musique de Madlib a toujours été un grand merci aux grandes figures du jazz. Ici encore, chaque titre est dédié à des musiciens plus (Roy Ayers, John Coltrane) ou moins (Larry Young, Woody Shaw) célèbres. Pour certains même, Madlib nous les fait découvrir. Qui se souvient du percussionniste-flûtiste culte Derf Reklaw à qui le producteur de génie dédicace son titre d’ouverture? Pareil pour l’incroyable chanteur Dwight Trible ou le pianiste Horace Tapscott? Et c’est là l’intelligence du garçon: nous faire redécouvrir en passant une foule de musiciens captivants méconnus et/ou oubliés: Phil Ramelin par exemple. Adulé par le batteur de Tortoise, le tromboniste a joué avec Stevie Wonder et a participé à la création du collectif Tribe récemment remis au goût du jour par Carl Craig. Et à l’écoute de ces grooves seventies, on comprend l’hommage de Madlib.

Et tout ça n’est pas fini puisqu’on annonce en avril un nouveau Young Jazz Rebels (pour tout vous dire, on l’a déjà écouté et ceux qui aiment les sensations fortes et trouvent « Miles Away » sympa mais sage, vont rugir de plaisir) tandis que cette semaine sort un nouveau volume de ses « Beat Konducta » pépites hip-hop inspirées par les disques africains seventies. Question subsidiaire: il dort quand Madlib?

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