CHAMBRE D’ECOUTE ilhan ersahin erik truffaz

Une rue sombre, quelques rayons de lumière, une silhouette au loin. Non, ce n’est pas Châteauroux aux heures de pointe, mais la pochette du nouvel effort du saxophoniste Ilhan Ersahin. A éplucher ce cliché en fins analystes esthétiques que nous sommes (Bac pro jaquettes films de charme faut-il le rappeler), on ne sait pas trop à quoi s’attendre – sauf d’avoir bien révisé ses classiques et de connaître le parcours du Turc installé à New York sur le bout des doigts. Léger rappel des faits avant l’interro de fin de chronique. Ersahin, c’est le fondateur d’un des clubs les plus chébran (quoi, ça ne se dit plus? on nous aurait donc menti?) de Big Apple. Baptisé Nublu, du nom de son orchestre protéiforme, le lieu se veut terre d’accueil de toutes les musiques les plus actuellement actuelles à l’heure actuelle. Pas étonnant donc de retrouver ce melting-pot vivifiant sur ses « Istanbul Sessions » (Nublu/Discograph), moites comme une soirée d’été bien arrosée. Car la magie de ce disque, c’est de partir dans tous les sens, d’explorer toutes les pistes, de mettre les mains dans tous les cambouis tout en conservant la tenue magistrale d’un Andy Kaufman devant l’adversité. New York, Istanbul, Addis-Abeba, Rio, Detroit, Saint Jean de Cuculles: toutes les grandes cités musicales sont convoquées. Bosphorus, et ses mélodies rockoco à donner la chair de poule, on n’en avait plus entendues depuis la grande époque d’Alas No Axis, avec en bonus la trompette du renommé Erik Truffaz en forme olympique niveau Vincent Jay ou du moins Tony Ramoin. Dernière précision, ces « Istanbul Sessions » recèlent un dernier joyau que ne possède pas la bande à Jim Black: les percussions d’Izzet Kizil, véritable sauce samouraï du sandwich turc le moins indigeste (alternative: le plus dansant) du monde. Un des disques les plus ensorcelants de ce début d’année.

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