Pour aller au théâtre Pablo Neruda de Bobigny, c’est simple: à la sortie du métro Pablo Picasso, prendre le boulevard Maurice Thorez, chevaucher l’impasse Robert Hue, croiser l’avenue Stalingrad, éviter le chemin Georges Marchais, tourner à droite pour la promenade Lenine, et caché derrière la rue Marie-George Buffet, on trouve le lieu baptisé en hommage au génial poète chilien. Ça tombe bien puisque Banlieues Bleues accueillait la vibrante relecture par Benat Achiary de l’oeuvre maîtresse d’un autre manieur de vers hispanophone, Federico Garcia Lorca. Et cerise sur le fajitas, Denis Colin et sa jeune et talentueuse Société des Arpenteurs clôturait la soirée avec le puissant Tony Malaby. Merci les banlieues rouges.

Benat Achiary, c’est l’une des voix les plus hallucinantes que l’on ait rencontrées de notre vivant (pour notre mort, on ne sait pas, mais il y a un paquet de pointures là-haut quand même). Un mélange entre Jeff Buckley, Mike Patton, Billie Holiday, Caetano Veloso. Benat, il n’a pas le physique de sa voix. Des cheveux grisonnants, des lunettes fifties, mais une voix de jeune homme capable de tout, des borborygmes à la luminosité la plus aveuglante. Il ne chante pas, il habite les morceaux: All Blues de Miles Davis ou le Strange Fruit à jamais billieholidayien en sont encore tout tremblants d’émotion.

Mais c’est surtout la communion avec son épatant guitariste Michel Aumont, euh pardon, Pedro Soler qui nous ont réjouits. Il fallait les voir se regarder et s’écouter au doigt et à l’oeil pour donner musique aux vers de Lorca.

Flap flap flap flap flap flap flap flap flap flap flap flap flap flap (onomatopées d’applaudissements)

Pour fêter sa venue à Banlieues Bleues, Denis Colin avait mis les petits plats dans les grands: la Société des Arpenteurs (dont on avait adoré le disque) au grand complet, des souliers remarquablement cirés, Tony Malaby en invité et une Ouverture définitive, rien que pour nous. Et ce groupe se révèle être une machine remarquablement huilée sur scène à l’image d’un Benjamin Moussay (absent de la photo pour cause de chevelure masquante) captivant aux claviers zarbos.

Au sein de la Société, on retrouve des musiciens de groupes que l’on chérit j’ai rétréci les gosses. Ici Julien Omé de Rockingchair, mais aussi Eric Echampard du Andy Emler MegaOctet et du Marc Ducret Grand Ensemble ou encore Fabrice Theuillon de l’Amnesiac Quartet et du Surnatural Orchestra (dans lequel on retrouve… Sylvaine Hélary et Antoine Berjeaut, deux autres Sociétaires éminents).

On n’en parle pas assez shame on us, mais Stéphane Kerecki est l’un des contrebassistes les plus passionnants de l’ère Sarkozy (soit dit en passant, aucun lien de cause à effet).

Et puis, il y a Tony Malaby, la classe américaine option grosse berline 450 chevaux au vent. Dès qu’il prend un solo, le temps s’arrête et il fallait voir les musiciens bouche bée devant un tel bonhomme. Un solo de Tony Malaby, alias Tony Soprano (ou Tenor au choix) dans le milieu, ça vaut tous les solos de David Sanborn réunis (sans rancune David, il fallait bien que ça tombe sur quelqu’un).



Les mecs, depuis que nous sommes reliés sur Faceb, je ne me lasse pas de vous lire, d’être en extase devant vos photos, de découvrir des pointures (que dis-je, des « monstres » absolus), de me régaler de votre humour…le Tony Soprano, j’ai adoré ! ça m’a d’ailleurs rappelé une navrante histoire que j’avais écrite l’année dernière en vue de neutraliser une méchante humeur : le pétage de plomb d’un pote qui venait de buter sa femme et éventrer ses deux chiens parce qu’il n’obtenait pas son quart d’heure quotidien pour écrire son best-seller…Insistant sur le fait que je ne pouvais pas blairer ce blaireau, je l’avais renommé Tony Blair…Merci à vous, vous êtes plus que précieux, je vous aime comme des frères.