Le roi est mort (certes en 1793), vive le roi! Hier à Banlieues Bleues, hormis le show avec tambours et trompette de David Murray, le rappeur-saxophoniste Soweto Kinch a confirmé qu’il était l’un des futurs très grands musiciens de ce si bizarre XXIe siècle. Bizarre, nous avons dit bizarre? Comme c’est bizarre. Bref, Criss Cross s’est trémoussé, s’est bien marré, s’est extasié devant ce retour excitant du jazz sur les pistes de danse. On a même ressorti nos souliers de notre époque de compèt’.

Avec son bagout, Soweto Kinch a fait chavirer le public comme un homme politique en campagne électorale (les promesses non tenues en moins). Sa vertu? De la variété avant toute chose: son concert comporte différentes séquences; un premier tiers jazz classique, limite old school, un second tiers rap/freestyle, un dernier tiers jazz en fusion à s’en brûler les tympans.

Il fallait l’entendre pour le croire, lui le Londonien faire un freestyle franco-anglais avec des mots donnés par le public: un petit peu, mademoiselle, liberté, bisou. Il faut avouer qu’un spectateur coquin proposa le mot Sarkozy, mais la bronca du public aussi forte que lorsqu’un attaquant du PSG confond cages et poteaux de rugby mit fin à cette tentative désespérée (bien tenté quand même Monsieur Lefebvre).

La réussite de Soweto Kinch tient aussi à la cohésion et la complicité de son groupe. Autant de sourires dans une même heure, on n’en avait pas vu depuis Faudel en plateaux promo, ici Femi Temowo à la guitare et Karl Rasheed-Abel à la basse. Manque à l’appel le classieux batteur Graham Godfrey.

La classe Soweto, c’est avoir des problèmes de pédales, puis de crissements de câbles de micro et de continuer à souffler comme un dératé comme si de rien n’était. De cette tenue, cette silhouette, cette utilisation rock des effets, le garçon nous a rappelé Guillaume Perret, à moins que ce soit le contraire. Attention freestyle Criss Cross « malgré les problèmes de fil, Soweto Kinch ne perd jamais le fil, oh oh, jamais il ne se défile devant les aléas, et, de fil en aiguille, on en fait l’un de nos rois ».

C’est dans une salle blindée comme l’autoroute du Sud le 15 juillet que David Murray et ses Gwo-Ka Masters prennent possession de l’Espace 1789 de Saint-Ouen (définitivement notre salle favorite de Banlieues Bleues). Et les malheureux refoulés pourront nourrir quelques regrets car la musique du saxophoniste pourrait réveiller un téléspectateur de Michel Drucker le dimanche, faire danser même les cul-de-jattes, ça va de soi. La force de David Murray? Il fait tout: saxophone, chant, ménage sur la scène, réglage des retours de tout le monde, pas de danse – on l’aurait même surpris quelques heures plus tard à ramener certains spectateurs sur son scooter.

Oh ah non? C’est pas vrai? Ouf! Crac! Boum! Hu! (onomatopées décrivant l’ahurissement devant les performances mirifiques de Hamid Drake).

Criss Cross d’or du meilleur costume décerné à… suspens insoutenable… Rasul Siddik!

La Murray Team au (quasi) complet. Aux côtés du saxophoniste, la vibrante pianiste chanteuse Sista Kee qui nous a offert une version tout en retenue d’Africa. On appréciera tout particulièrement la splendide barbe à deux voies du formidable percussionniste François Ladrezeau.


