Hier Criss Cross s’est faufilé au vernissage de l’exposition Radical Jewish Culture au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (du 9 avril au 18 juillet) et on en est revenu avec de la musique plein la tête. Présentation exclusive d’une foule d’objets rares de la galaxie Zorn.
On ne savait pas trop à quoi s’attendre en pénétrant hier dans les murs du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. On savait que l’expression « Radical Jewish Culture » avait été inventée il y a près de vingt ans par John Zorn (mais aussi Marc Ribot qui a participé à l’écriture du célèbre manifeste qui tente de faire ressortir les liens qui existent entre musiques alternatives et cultures juives). On avait été attirés par les noms de Lou Reed, Anthony Coleman ou Ben Goldberg sur l’affiche. Et on avait bien sûr déjà noté sur nos calepins Tzadik la venue de John Zorn avec Trevor Dunn et Joey Baron dans le cadre de l’exposition le 16 mai prochain.

On ne savait tellement pas à quoi à s’attendre qu’on est parti dans le mauvais sens, qu’on a pris l’expo à l’envers, qu’on a découvert l’histoire à rebrousse-poil. Du coup, on l’a visitée deux fois cette expo passionnante, à l’endroit et à l’envers. Il fallait bien ça pour apprécier toutes les raretés présentes dans ce qu’on peut presque appeler une « rétrospective John Zorn », soit la tentative (toujours complexe) de mise en perspective de la contemporainéité. Car ce sont les vingt dernières années du travail du saxophoniste new-yorkais qu’explore l’exposition. Comment John Zorn a-t-il tenté de moderniser la culture juive? Existe-t-il une musique radicale juive? Comment penser au futur en allant chercher dans ses racines les plus lointaines? Ce sont les quelques questions, parmi tant d’autres, auxquelles tente de répondre cette expo.

Tout commence en 1992 quand Zorn est invité à Munich (berceau du parti nazi) par le producteur Franz Abraham pour concevoir un programme de musiques nouvelles. Lors de cet événement, le saxophoniste présente une création autour de la funestement célèbre Nuit de Cristal: Kristallnacht. Transformé en chef d’orchestre, Zorn compose une oeuvre sombre, difficile, à la limite de l’écoutable pour symboliser l’horreur de ce sanglant voyage au bout de la nuit orchestré par les Nazis. Ecouter Never Again, la seconde pièce de l’oeuvre, se révèle être une expérience traumatisante. Entre ultra-sons et bruits de brisures de verre, Zorn parvient à musicaliser l’insupportable d’une manière inédite. Les pièces maîtresses de cette exposition tournent autour de ce concert fondateur: une captation inédite de cette composition capitale, le légendaire sweat porté par Zorn ce soir-là (« le saint-suaire de l’expo » nous confie en rigolant le commissaire de l’expo Mathias Dreyfuss), ou encore les brouillons et les partitions énigmatiques des musiciens.



La force de cette exposition, c’est de mettre la musique au centre de tout. On découvre nombre de disques de Tzadik le label créé par Zorn, on écoute à ciel ouvert des extraits phares des compositeurs de la galaxie Zorn et/ou, munis de casques, on peut s’arrêter visionner et écouter une foule de vidéos passionnantes de concerts ou d’entretiens avec Zorn bien sûr, mais aussi avec Anthony Coleman David Krakauer ou Roy Nathanson. La vidéo de ce dernier qui explique pourquoi son père lui reprochait de s’éloigner de la religion en lisant des ouvrages scientifiques vaut son pesant d’or.

En fin de parcours, une place toute particulière est réservée à Wallace Berman, plasticien culte mais méconnu proche de la beat generation, auquel Zorn rendra hommage le 16 mai prochain. On y découvre par exemple un mystérieux parchemin orné de lettres hébraïques dont le saxophoniste s’inspirera pour réaliser les artworks de la série Masada.

A l’occasion de cette exposition, Criss Cross se placera sous le signe de la Radical Jewish Culture avec toute une série d’articles bien évidemment indispensables: notre rencontre exclusive avec Roy Nathanson, des places à gagner pour la concert d’Anthony Coleman à Banlieues Bleues, et plein de surprises autour de l’univers de John Zorn. Restez câblés comme dirait Mitterrand.
Le site de Michael Macioce témoin majeur du New York de cette époque, dont les photos au grain si particulier sont très présente dans l’exposition: www.macioce.org
La programmation complète des concerts autour de l’exposition, c’est ici.



Excellent article!! Félicitations aux rédacteurs!
[...] on a fait pour passer à côté tout ce temps-là, une musique qui est l’objet d’une exposition à elle toute seule en ce moment au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris, une musique qui [...]
Super article, et passionné. Chez Arbobo.fr on est aussi également très accros de cette manifestation de tout ce qu’il y a autour (on en cause là lar exemple http://www.arbobo.fr/modele-dexposition-la-radical-jewish-culture-au-mahj/).
On se croisera sûrement lors des prochains concerts (on s’est peut-être vus au vernissage ? au concert de Coleman de Pantin ? au débat du 18 avril ?)
Tres intéressant.