Turn out the lights!

De l’attente, une cour pavée, des coups de gueule, des jambes qui flanchent, un duo, un trio, des films, une motocyclette, un parfum d’Ornette, un éternel ministre de la Culture, une pincée de Dreamers, un acteur qui a trop la classe, une vraie dose de radicalité, une mamie rock’n'roll: non, ce n’est pas la bande annonce du prochain film de Godard que John Zorn admire, mais bien le résumé d’une folle soirée au Musée du Judaïsme dimanche soir. Récit en images.

Ce qui restera de ce concert exceptionnel de l’Aleph Trio dans la cour du Musée du Judaïsme à Paris dans le cadre de l’exposition Radical Jewish Culture, c’est bien sûr le coup de gueule de John Zorn à son entrée sur scène: à l’aide de mots commençait par « fu » et terminant par « ck », le saxophoniste demande le noir complet afin que le public puisse profiter pleinement des collages fascinants de Wallace Berman. Un coup de gueule qui laisse libre cours à tous les jugements: on pourra toujours dire que le New-Yorkais est un sacré enquiquineur que le régisseur lumière doit maudire sur trois générations. A Criss Cross, on a un autre point de vue: malgré les mauvaises langues, Zorn préfère définitivement l’ombre à la lumière et cherche à mettre en valeur son oeuvre plutôt que sa personne. Une attitude qui n’est pas sans rappeler Jean-Luc Godard qui vient de déserter le festival de Cannes, sans doute pour laisser parler son nouveau film plutôt que d’agiter les médias avec les éternelles polémiques dont il a le secret. D’ailleurs, Zorn, c’est bien connu, est un grand admirateur de Godard auquel il a rendu hommage dans un formidable disque homonyme en 1986, une pièce qui revisitait soniquement l’art du collage et du montage du génial cinéaste. Et il était assez fascinant d’observer de nombreux points communs entre les films inachevés de Wallace Berman et certains passages d’Histoire(s) du cinéma de JLG.

L’autre enseignement fort de cette soirée dantesque fut l’accueil toujours chaleureux que réserve le public parisien aux performances du saxophoniste: il suffisait de jeter un coup d’oeil à la file d’attente ou aux stratagèmes plus ou moins ingénieux de certains spectateurs pour trouver des billets pour un concert archi-complet. Il faut dire qu’il y avait quelque chose de bigrement séduisant à assister à une soirée Tzadik dans le cadre chaleureux et aéré d’une cour de musée. Dans le public, on remarque Mathieu Amalric tout de classe vêtu et tout juste revenu du Cannes (décidément, difficile d’échapper au cinéma ce soir-là), l’inénarrable Jack Lang, la contrebassiste Joëlle Léandre qui nous a bien fait marrer au contrôle de sécurité et également une mamie rock’n'roll à souhait, bien installée sur son tabouret à frapper dans les mains et à taper du pied.

Le reste se passe de commentaires, malgré la fatigue – et oui, nous les spectateurs de jazz, on est habitués à être bien assis dans nos sièges en velours avec nos boissons enivrantes. Là on devait rester debout le gosier sec avec la musique pour seul psychotrope. Et on n’a pas été déçus. Le couple piano-violon Sylvie Courvoisier-Mark Feldman a délivré une heure de compositions zorniennes assez fascinantes avant que l’Aleph Trio ne mette le feu aux poudres imagées de Wallace Berman. Entre explosions ornettecolemaniennes et vagabondages dreamersiens, Zorn et sa fidèle paire rythmique ont réussi à faire chavirer les durs de durs que nous sommes. Il suffisait de voir les gouttes de sueur de Trevor Dunn et de Joey Baron à la fin du spectacle pour comprendre l’intensité de leur prestation. C’est deux-là ont suivi le rythme chaotique des images de Berman avec une force et une attention stupéfiantes. On vous en dit plus très vite puisqu’on a suivi à la trace Trevor « double bass » Dunn durant toute l’après-midi… Criss Cross ou l’art du teasing, presque aussi forts que Godard, toujours lui.


  • Share/Bookmark

Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un rétrolien depuis votre site.

2 réponses à “Turn out the lights!”

  1. Parle dit :

    Voila ce que j’appelle un bel article de merde ! …

  2. admin dit :

    merci !

Laisser un commentaire