
Criss Cross a assisté à l’ouverture d’un petit miracle de festival, La Voix est Libre: poésie, philosophie, acrobaties, improvisation, humour, danse, larsens, imprévus et performances fascinantes. Le tout dans l’un des plus beaux théâtres parisiens, les Bouffes du Nord. Récit en images.
Ils se comptent sur les doigts d’une main du légendaire Maurice Herzog, les festivals qui s’ouvrent sur une demi-heure de disputatio philosophique. La Voix est libre le fait. Ils se comptent sur les doigts d’une main de Thierry Henry, les festivals de jazz qui laissent un comédien réciter Maïakovski sur des larsens atmosphériques d’un guitariste rock (Eric Elmosnino et Serge Teyssot-Gay). La Voix est libre le fait. Ils se comptent sur les doigts d’une main de Django Reinhardt, les festivals de musique qui laissent la voie libre aux poèmes d’un manieur de mots exalté (Serge Pey) lancé (justement) dans un hymne hallucinant dédié à ses deux mimines. La Voix est libre le fait. Si tous ces mélanges auraient pu paraître artificiels, ils se sont en réalité imposés comme nécessaires, évidents, d’une simplicité enfantine. Comme si tous les festivals se devaient d’offrir cet éclectisme salvateur, ce dialogue saisissant entre tous les arts.
Lors de la discussion inaugurale entre Blaise Merlin (le directeur du festival) et le philosophe Miguel Benasayag sur l’apparente difficulté qu’il y a à résister dans une dictature et la prétendue facilité qu’il y a à résister dans une démocratie, le ton du festival est tout de suite lancé: faire des choses sérieuses sans se prendre au sérieux (une devise qu’on prendrait bien à notre compte): quand Blaise Merlin demande à Miguel Benasayag s’il a quelque chose à rajouter, le philosophe précise qu’il a une belle mobylette à vendre. De même, le duo ovniesque Elise Caron/Edward Perraud a mélangé délires loufoques et drolatiques (une Elise Caron déchaînée en imitation de la Star Academy) et improvisations émouvantes où lyrisme classique se pacsait à ravir avec une batterie mi-humaine mi-robotique. Et toujours dans la même lignée, le spectacle d’ouverture: un incroyable dialogue improbable et onirique entre Jörg Müller et ses tubes enchanteurs et Akosh S. et ses éruptions volcaniques – à la fois drôle et touchant. Sans parler d’un final dantesque où le danseur Grégory Feurté nous a fait des frayeurs avec son mât chinois, où Nosfell a chanté-dansé dansé des postures improbables et où le binôme Médéric Collignon/Peter Corser s’en est donné à coeur joie. Alors on sait ce que vous allez dire: ça y est Criss Cross vire sa cuti et sa la joue intello. Et bien non, car La Voix est Libre est tout sauf intello, il est intelligent. Et ça fait toute la différence de penser au « gent ».










