Quatre garçons dans le vent

Premier élément de réponse. Le Portico Quartet ressemble plus à une bande de potes qu’à une assemblée de virtuoses. « Oui, on s’est connus à l’Université. On a commencé d’abord par se lier d’amitié. Monter un groupe ensemble, c’est venu ensuite » confie Nick Mulvey, le joueur de hang, premier à se lancer. Au départ, aucun d’eux n’a l’idée d’en faire son job. Enfin, toujours est-il que Jack le saxophoniste et Nick font des études d’ethno-musicologie tandis que Milo le bassiste suit des cours de « popular music ». Seul Duncan le batteur fait office de brebis galeuse avec son cursus aux beaux-arts. Quand même, le genre d’études plus proches des muses qu’un BTS analyses biochimiques. A l’époque où notre quatuor se met à taquiner de l’instrument ensemble, ils écoutent « E.S.T., The Cinematic Orchestra, Radiohead » ou « Steve Reich » (qu’ils prononcent Raïk, faut qu’on révise décidément notre anglais). Pourtant quand on leur demande s’ils avaient des influences précises en tête au début du groupe ou s’ils préféraient se laisser guider par leurs instincts, Nick, toujours, nous délivre une réponse surprenante: « aucun des deux en fait! On jouait ce qui nous semblait naturel de jouer. Et le hang (percussion très rare au son incroyable qui donne une couleur très particulière à la musique du groupe ndlr) nous a poussés à nous tourner vers une approche très répétitive de la musique, ce qui entrait en résonance avec le fait que nous écoutions beaucoup de Steve Reich à l’époque. » Quand on leur dit que leur musique sonne comme un étonnant cocktail molotov entre jazz, musiques classiques d’Occident et d’Orient, pop et rock, ils nous répondent, « c’est tout, sauf une décision calculée ».

Au début, donc le Portico, c’est juste comme ça, pour s’amuser entre sauces. « C’est toujours le cas » précise Nick. Et Jack de préciser: « au début, on a fait des démos pour les vendre après les concerts, et ça a beaucoup mieux marché que prévu! On a vu qu’on pouvait se faire un petit peu d’argent. En fait, les choses sont quand même arrivées de manière graduelle. » Nick enchaîne: « oui, on jouait là où l’on habitait et puis on s’est dit un jour, tiens si on allait voir ce que ça donnait en jouant dehors. Et ça a marché! Chaque concert dans la rue en amenait un autre. » Mais très vite le succès du Portico dépasse le simple stade urbain. Leur premier opus sorti en 2007, Knee-deep in the North Sea, est nommé au prestigieux Mercury Prize aux côtés de Radiohead et Robert Plant, rien que ça. Finalement, les abominables Elbow remporteront la breloque, mais la réputation du Portico est lancée. A l’évocation de cet événement, ils restent assez stoïques. On n’aura le droit qu’à un classique « ce fut une bonne surprise, ça nous a vraiment été utile, on est heureux de faire notre première véritable tournée européenne ». Le genre de réponse qui met sur les nerfs leur génial manager, un english, un vrai. Le type de gars à taper du pied, le sourire jusqu’aux oreilles, le soir au concert du quartette, mais à froncer des sourcils quand ses protégés ne font pas des réponses assez rock’n'roll. Le genre à décrire avec une ironie toute anglaise la musique de David Sylvian: « c’est splendide, tu sais, le genre de musique que les blancs intellos riches écoutent la fenêtre ouverte dans leur voiture ». Pourtant, ses poulains ne débrouillent pas mal question ironie. Quand on aborde un nouvel épisode de leur courte mais riche carrière (la signature sur Real World, le label de Peter Gabriel), Milo Fitzpatrick lance dans un sourire: « ah, oui Peter Gabriel a toujours été influencé par notre musique, donc nous signer c’était comme nous rendre la pareille »

Isla, ce second opus qui fait tant couler d’encre et de larmes, ils l’ont gravé à Abbey Road avec John Leckie (Monsieur Radiohead, XTC, Stone Roses…). Alors impressionnés, par ce lieu mythico-culto-légendaire? « C’est juste une grande pièce carrée… mais à l’acoustique fantastique! » répond Duncan. Et Nick d’ajouter: « en réalité, on savait qu’on ne devait y rester que très peu de temps, trois-quatre jours. Donc on était vraiment trop concentrés pour penser à toutes ces histoires qui tournent autour du studio… Mais il faut reconnaître que parfois, pendant quelques secondes, quand j’allais essayer quelques motifs au piano, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire: c’est peut-être sur cet instrument que Lady Madonna a été enregistré! » Et quand on écoute Isla, on ne peut pas s’empêcher de notre côté de se dire que les gars du Portico sont allés chiper un peu de la magie de Macca pour pondre leurs propres mélodies. Mais « ce ne sont pas les mélodies qui nous viennent en premier. On travaille souvent les grooves pour ensuite placer les thèmes au dessus. » nous explique Jack. Donc le saxophone vient un peu comme un chanteur au-dessus du groupe? « Oui, répond toujours Jack (faut dire, c’est de lui qu’on parle), plus que sur des enchaînements de solos, on travaille davantage sur des ambiances de groupe, un peu comme le faisait E.S.T. » Pourtant quand on demande au groupe s’il se sent proche de formations actuelles, le silence se fait d’or. Seul le nom de Polar Bear sort timidement.

A l’avenir, le Portico aimerait s’entraîner à travailler avec des machines et des samples. A la question marronnière « votre musique est très visuelle, vous aimeriez faire des BO? », ils nous surprennent: « oui, mais pas pour des films, plutôt pour des documentaires. Comme nous composons toujours à quatre, j’aimerais bien voir comment on pourrait faire pour s’accorder devant des images… » explique Milo. Avant de se lancer dans une interview vidéo dont vous allez bientôt entendre parler, on leur (im)pose une dernière question en guise de conclusion. Mais alors, d’où vient ce nom, Portico Quartet? Jack se lance. « C’était il y a quatre ans, on a joué dans un festival en Italie, dans la région de Bologne, un endroit appelé Castelvecchio. On devait jouer dehors dans un square, mais il s’est mis à pleuvoir. On a donc dû jouer sous un petit portique… en fait une sorte de renfoncement sous un immeuble! Et ce fut vraiment une super concert, tout le monde était content et on s’est dit que « Portico » ça sonnait bien! » C’est vrai ça, le Portico, ça sonne bien.

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2 réponses à “Quatre garçons dans le vent”

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by Anteprima, crisscross-jazz. crisscross-jazz said: meeting Portico Quartet, the jazz Fab Four http://www.crisscross-jazz.com/2010/05/23/quatre-garcons-dans-le-vent/ [...]

  2. [...] grace au dossier de Criss Cross pour cette étonnante découverte du Portico Quartet ! Bientôt au festival de Jazz à la [...]

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