
Merci à Fada de participer à mettre fin au monopole à la Microsoft de Grand Corps Malade et Abd Al Malik sur le slam made in France. Avec La Caresse du Clown, le combo bordelais réussit là où nombre de collègues se sont cassés les pattes avant (voire arrière): faire une salade César avec le slam et le jazz comme ingrédients sans nous raconter des salades, mais avec un discours fort, puissant et original. Fada, c’est tout sauf fade.
Pour décrire ce second effort de Fada, on a été obligé de se lancer dans l’exercice dangereux des néologismes-mots-valises chers à Queneau: impoéjazz (mix improbable entre impro, poésie et jazz). Portée par le flow et le verbe passionnants de Marco Codjia, leur musique navigue dans des eaux dangereuses comme on les aime, celles des Steve Coleman et des Magic Malik – au saxophone on retrouve d’ailleurs un éminent ex-membre de l’Orchestra du flûtiste, Denis Guivarch’. « Il suffit d’une seule lettre pour faire chavirer le sens d’un mot. Cette lettre c’est le grain de sable » conte la voix de Fada. Et justement, ce grain de sable, c’est la force d’un groupe-fleuve peu tranquille: Fada profite pleinement de la force qu’il y a à avoir un véritable groupe pour faire groover leurs rimes en lieu et place de boucles répétitives – comme dans un film à suspens, on ne sait jamais à quoi s’attendre à chaque instant. Codjia adopte un ton non monocorde, non monotone, non moniteur moraliste tandis que les musiciens ne se contentent pas de « l’accompagner ». Non, La Caresse du Clown (Cristal Records), c’est un captivant dialogue de haut vol où les mots se font notes (et vice-versa). On y cite Bashung, Kerouac et Senghor, on y raconte des histoires taillées au fil du rasoir, on y gueule à bon escient, on y évite la guimauve pour préférer les épices de cordes qui évoquent Jean-Claude Vannier, on varie les plaisirs et on joue avec les atmosphères de cirque, on se réserve de vibrants interludes instrumentaux (un formidable « Entracte »). Un disque chatoyant et subtil à mi-chemin entre la claque et la caresse.




Vu à l’atelier à spectacle de Vernouillet lors de la création de leur spectacle.
A voir sur scène et merci à Denis, Marco, Xavier, Benoît et Vincent