
Elle jouera dans quelques instants à la Mairie du IVe dans le cadre du J4zz. En attendant, Sophie Alour inaugure une toute nouvelle rubrique crisscrossienne, le lancer de disques, parce que quelques noms valent parfois nombre de longs discours.
Ton premier souvenir de disque?
Je me souviens d’un disque d’un pianiste italien, Franco D’Andrea. A l’époque, je découvrais la musique à tâtons. J’avais aussi entendu Monk et je voulais acheter un de ses disques, mais j’étais à Quimper et on m’a donné un disque de son fils ! (rires). Je me suis dit, « tiens, ça ne ressemble pas du tout à ce que j’ai entendu »! Et puis Bob Berg avec Cedar Walton, ça c’est un disque qui m’a marquée… c’était terrible. Mais le premier de chez premier, je ne sais pas… je ne suis pas sûre que les premiers comptent plus que les seconds… Quand j’avais 15 ans, tous mes potes écoutaient du rock, mais moi j’écoutais du jazz, seule avec ma sœur. Miles Davis, c’est vraiment la première émotion forte que j’ai eue.
Le chef-d’œuvre officiel que tu n’aimes pas?
Ah, c’est vache… le centre Pompidou… ça va comme réponse?
A propos de quel musicien important tu te dis : « faudrait peut-être que je me mette à l’écouter un jour »?
John Zorn. Je l’ai écouté un peu et le personnage a l’air intéressant. Je sais qu’il a raison d’aller aussi loin. Pousser le saxophoniste dans ses limites, c’est digne de respect, mais même s’il joue très bien, c’est ce que j’appelle « faire du mal » à l’instrument. A moment je me dis que c’est plus du happening que de la musique. C’est très intelligent comme démarche, mais c’est comme pour certaines expos, si à un moment tu n’as pas la notice explicative, tu ne comprends pas.
Le disque que tu es la seule à aimer?
Intéressant… ça mérite réflexion… le mien ? (rires) Non, c’est affreux parce qu’en fait il n’y en a pas, il y a toujours une promiscuité dans ce qu’on aime avec les gens qui nous entourent… Dans un autre domaine, je dirais Dallas parce que personne n’aime et moi, j’adore (rires.)
Le disque que tu voudrais obliger les gens à écouter?
C’est pervers vos questions! Je n’aime pas imposer mes goûts. D’autant que je n’aime pas quand les gens écoutent la même chose que moi, ça m’énerve ! Bon, Arthur Cravan, ce n’est pas un musicien, mais je m’en moque!
Le disque qui a changé ta vie?
Je dirais “Relaxin” de Miles Davis ou “Somethin’ Else” de Cannonball Adderley.
Le disque qui te fait pleurer?
En fait je n’ai pas besoin de pleurer pour ressentir une émotion vraiment forte, c’est le cas avec It’s Magic joué par Eric Dolphy sur “Far Cry”.
Le disque qui te donne la patate?
On vient de me passer “Attica Blues” d’Archie Shepp et le premier morceau est incroyable, c’est digne de Sly !
Un disque dont tu attends la sortie avec impatience?
Non… En général j’attends les films de Clint Eastwood ou de Woody Allen avec impatience, mais pas les disques. Je fais mon petit truc dans ma cave et je ne ressens pas le besoin de me tenir au courant de ce qui se fait à côté, je pense qu’il faut préserver son espace vital. Les autres m’inspirent parfois, mais je préfère chercher l’inspiration en moi par d’autres moyens. Je n’ai jamais été fan au point d’avoir des posters d’un artiste, même de Michael Jackson que j’adore pourtant.


