
Le plus chatoyant hommage pre-post-mortem à Dennis Hopper, on le doit à Brad Mehldau. Avec Highway Rider (Nonesuch Records), le pianiste le plus célèbre du monde avant/après Richard Clayderman nous balance un double disque sous forme de balade crépusculaire, nostalgique comme une soirée de mois d’août avant de reprendre ses rendez-vous mensuels à l’ANPE au Pôle Emploi.
« Ah ah, on vous tient Criss Cross, bande d’opportunistes à la petite semaine, même les producteurs de Grégory Lemarchal ont plus de probité de valeurs que vous. Récupérer comme ça Dennis Hopper, juste pour faire un bon mot, c’est digne d’une interview du Journal du Dimanche de Claude François. » On vous arrête tout de suite, non que vous ayez tort, car nous retournons souvent notre veste, mais jamais du bon côté. Et ce nouvel opus de Brad Mehldau a quelque chose de Dennis Hopper, oui, oui. Tout d’abord son titre Highway Rider. Chez Dennis, il est « easy » le rider, mais avec Brad Mehldau tout semble « easy » aussi quand il nous embarque dans son road trip. Et puis avec les titres de ce nouvel effort, on pourrait presque faire une phrase hommage à l’ami Dennis: Always Departing, Always Returning, The Falcon Will Fly Again. Don’t be Sad, We’ll Cross The River Together.
Bref, trêve d’analyses à la mord moi le noeud, Highway Rider, c’est un véritable disque cinématographique, grandiloquent comme il faut: à partir de deux thèmes et d’une historiette, Mehldau accouche de toute une série de mélodies ravageuses, ses meilleures depuis Largo. Grâce aux orchestrations pour grand écran de Jon Brion (Magnolia, Eternal Sunshine of The Spotless Mind), on a l’impression de vivre le film sans paroles de Sur la Route de ce Jackouille la fripouille de Kerouac. Le piano bondit dans tous les sens, le saxo de Jojo Redman fait des acrobaties à la Noureïev et The Falcon Will Fly Again avec son étonnante fin vocalo-enfantine nous titille la colonne vertébrale – peut-être le plus beau morceau jamais composé par l’ami Mehldau. Si l’ensemble semble (appréciez la rime) réfléchi comme jamais (on est habitués, Mehldau porte dorénavant des lunettes comme Thuram), jamais les mélodies de Brad ne nous sont apparues aussi limpides et belles. Et puis, le garçon dédie son épatant Sky Turning Grey à Elliott Smith. Ce qui confirme un autre sentiment très 7e Art. Cette nouvelle facette du Mehldau-compositeur irait à ravir avec les images d’un autre grand fan de Mister Smith, Gus Van Sant. Alors si jamais le réalisateur de Last Days tombe sur ses lignes, qu’il mûrisse cette idée, le pianiste est dorénavant prêt pour composer une B.O. digne de ce nom, foi de Criss Cross.




