Jazz Clash_Nelson Veras x Sandro Zerafa

Jazz Clash #2, le retour de la revanche. Après Yoann Durant vs Guillaume Perret, Criss Cross a fait se rencontrer deux des rares joueurs de six cordes à lui donner envie de gratouiller au coin du feu devant les pépées, deux porte-drapeaux de l’identité (inter)nationale du jazz: le Brésilien Nelson Veras et le Maltais Sandro Zerafa. Ils ne se connaissaient que de nom, et ils sont repartis comme larrons en foire. Note pour plus tard: penser à ouvrir une filiale Criss Cross Meetic.

Pourquoi la guitare? C’est le premier instrument qu’on vous a mis dans les mains?
Nelson Veras: Oui, dans mon cas c’était ça. (rires) Je voulais jouer du piano, mais j’étais trop petit. Un jour, à 8 ans, on m’a donné une guitare… et là…
Tu ne l’as pas lâchée…
NV: Oui…
Sandro Zerafa: C’était un peu comme ça pour moi aussi. J’ai commencé à l’âge de 8 ans. A l’époque j’écoutais beaucoup les Beatles, des choses comme ça… mais j’ai vraiment commencé à l’étudier sérieusement à l’âge de 12 ans.
NV: Ah moi, c’est pareil, sérieusement, c’était vers 11-12 ans.
SZ: J’ai joué pas mal de guitare classique jusqu’à l’âge de 20 ans. Mais, chose étrange, je n’ai pas beaucoup écouté de guitaristes. Pendant longtemps, j’écoutais plutôt des pianistes… j’aime beaucoup le piano en fait…
NV: Moi c’est pareil ! Texto… !
SZ: J’ai l’impression que je cherche à la guitare des couleurs propres au piano. J’ai tellement écouté Bill Evans, ou Thelonious Monk… Récemment, j’ai commencé à écouter pas mal de guitaristes…
NV: Qui?
SZ: Ton dernier disque par exemple!
NV: Ah ouais? (rires)
SZ: Ah oui, ce disque en solo est vraiment génial, c’est Laurent (Coq) qui me l’a recommandé. Bravo!
NV: Merci… Mais à part ça, qu’est-ce que tu écoutes?
SZ: Hormis ton disque ?
NV: Oui, des trucs biens quoi! (rires)
SZ: En ce moment, j’écoute un guitariste qui s’appelle Gilad Hekselman qui joue avec Ari Hoenig. Sinon j’ai pas mal écouté Ben Monder, Rosenwinkel
NV: Plutôt des guitaristes contemporains en fait ?
SZ: Oui… et puis Jim Hall, c’est sûrement lui que j’ai écouté le plus. J’ai eu ma période Scofield. Mais j’adore le duo de Bill Evans avec Jim Hall… Et toi ?
NV: L’autre jour, je suis allé à un concert de Marc Ducret, c’était génial, complètement hallucinant.
Sinon, je n’écoute jamais de guitaristes! Ça dépend des périodes, mais j’ai écouté pas mal de pianistes aussi, des sax, de la musique classique…

A vos débuts, vous étiez plutôt jazz, rock, pop…?
NV: Au tout début, j’aimais bien le blues. Après, j’ai fait un peu de musique brésilienne et j’ai fait deux ans de guitare classique. Toi, tu en as fait plus, non?
SZ: Oui, un peu plus. J’adore le son des cordes nylon. J’ai joué beaucoup de guitare classique, c’est comme ça que j’ai découvert la musique brésilienne avec Villa-Lobos. C’est génial.
NV: Tu as fait quoi?
SZ: Les Préludes, quelques Études
NV: Oui j’ai essayé aussi (rires)
SZ: Oui, les Études sont difficiles. Les Choros aussi… (il chante) c’est super beau…
NV: Et Leo Brouwer aussi?
SZ: Ah oui, il a fait des arrangements d’une berceuse cubaine, je ne sais pas si tu connais, c’est vraiment chouette, il l’a réharmonisée d’une manière incroyable… Leo Brouwer, je l’avais oublié tu vois…
NV: Moi aussi je viens de m’en rappeler! Mais c’est vrai que c’est super.
SZ: Après j’ai fait du rock aussi, et même du punk! En même temps (rires). Une période de « limbo » musicale où tu ne sais pas où tu vas, tu ne comprends rien, c’était inévitable à l’époque. A Malte, le jazz c’était inexistant. C’est une toute petite île de 400 000 personnes. Quand tu écoutes du jazz, t’es isolé, t’es un freak! (rires). Je jouais un peu du rock, j’écoutais tout ce qui sortait au début des années 90: Sonic Youth, Nirvana, Soundgarden… Ça n’a pas duré longtemps, mais ça fait partie de mon héritage. Ensuite ça ressort ou pas dans la musique, je n’en sais rien.
NV: Vers mes 10 ans, j’aimais beaucoup Led Zeppelin, Bob Dylan, Eric Clapton… A l’époque je me disais que j’étais déjà trop vieux pour faire du jazz… pourtant j’avais 10 ans! (rires) Quand j’y repense maintenant, je demande comment j’ai pu penser ça! Après, en regardant la télé, j’ai vu au festival de Rio de Jazz, il y avait Benson qui jouait. Je voyais ce mec qui chantait, il avait une guitare mais il n’y touchait pas (rires). Puis il a pris un solo et c’était hallucinant, je n’ai rien compris. Je me souviens qu’il y avait aussi Kenny Kirkland, et il m’avait vraiment scotché. J’avais 11-12 ans. Et je me suis dit je vais quand même essayer d’apprendre un peu le jazz, même si je considérais que c’était trop tard (rires).

Comment vous avez appris le jazz alors?
SZ: Je n’ai pas encore fini d’apprendre! (rires). Pour moi, c’est le début.
NV: La formation n’était pas trop disponible à Bahia, d’où je viens. Donc j’écoutais des disques ou dès que je croisais un musicien qui avait l’air de savoir un peu improviser je lui posais des questions. En France, c’est pareil, c’est surtout en jouant, en posant des questions, en écoutant.
SZ: J’ai fait un an de Conservatoire à Lyon, mais je me considère un peu autodidacte dans la sens où, j’ai relevé les morceaux de pas mal de musiciens… Le Conservatoire c’était bien car ça m’a permis de sortir de Malte…
NV: T’es parti à quel âge?
SZ: Assez tard, j’avais 21-22 ans. C’était dur psychologiquement, il faut partir plus tôt, car tu gardes un peu de racines quand tu pars à cet âge-là. J’ai suivi une copine et je suis parti à Lyon, j’ai suivi un an d’études là-bas. J’ai eu une médaille et après je suis venu à Paris. Les écoles c’est bien pour rencontrer des musiciens finalement…
NV: Oui, même s’il y a quelques trucs théoriques qui peuvent aider… Moi, c’est maintenant que je m’y suis mis: dès que je peux je prends des livres de théories et j’essaye d’apprendre le plus possible.
SZ: Oui, ça ne s’arrête jamais! (rires)

Vous avez tous les deux été adoptés par la scène parisienne, comment ça s’est passé?
NV: J’étais vachement jeune, donc c’était la première scène que j’ai fréquentée. J’avais 14 ans un truc comme ça et j’ai commencé à jouer avec des musiciens. Donc je n’ai pas connu vraiment autre chose. J’ai fait une émission avec Pat Metheny, ça m’avait fait connaître un peu… Et par Aldo (Romano), j’ai commencé à jouer plus, à rencontrer des gens…
SZ: Au début je ne connaissais personne à Paris, la première année c’était assez bizarre, en plus j’étais assez timide. Après il y avait des musiciens que j’avais croisés à Lyon comme David Prez. J’ai fait la connaissance de musiciens de Yoni Zelnik, ou David Georgelet et on a commencé à monter des projets… Ce n’était pas rapide… ce n’est pas une scène hostile, mais il y a plein de choses qui entrent en compte. Quand on arrive il y a aussi la barrière de la langue. Je n’ai jamais été attiré par les jams en plus…
NV: Moi non plus…
SZ: Oui, ce n’est pas très excitant, c’est rare qu’il y ait vraiment de « la musique ». En même temps, c’est bien pour rencontrer des musiciens. Puis j’ai fait la connaissance de musiciens comme Olivier Zanot et on a commencé à monter des projets. Après je me suis mis à jouer en sideman dans différents projets…

Des musiciens ont été importants pour vous dans cette période?
SZ: Je n’ai jamais vraiment eu de « gourou » (rires)… Il y a des musiciens de mon entourage qui m’ont encouragé à faire des projets, mais je ne pourrais pas citer quelqu’un.
NV: Pas de « gourou » non plus, mais il y a des gens qui m’ont pas mal encouragé comme Aldo (Romano), (Magic) Malik… J’étais assez jeune vers 15-16 ans…

Tu as travaillé avec Steve Coleman qui peut avoir ce côté « gourou »…
NV: Pas faux… Ça a été très important et inspirant, sa manière de voir la musique, son honnêteté, son jusqu’au-boutisme (rires).
SZ: Je peux imaginer oui…
NV: C’est très inspirant, c’est un maniaque de travail, il ne s’arrête jamais. Je suis parti en tournée avec lui, et pour l’une des premières fois de ma vie, je savais que je n’aurais jamais de remarques sur comment j’étais habillé, ou si je devais sourire… (rires) Ce n’était vraiment que la musique, tout le temps. C’était super, même si ce n’était pas facile car c’était une musique très complexe…

Vous êtes de gros travailleurs ou il vous faut « vivre » pour trouver l’inspiration?
NV: En théorie, je serais plus pour la seconde solution… mais dans la pratique je crois que je bosse beaucoup trop… sans forcément de résultats à mon sens, mais il y a beaucoup de quantité! (rires)
SZ: Tu ne t’en rends pas compte toi-même, mais c’est toujours ça le problème, quand on bosse…
NV: Oui, on a le nez dedans…
SZ: C’est ça, on ne se rend pas compte si on fait des progrès ou pas. C’est dur d’être objectif par rapport à ça. Je bosse, mais j’avoue que depuis que j’ai eu un fils (rires), mon emploi du temps a un peu changé! J’essaye d’aménager des heures… je bosse souvent la nuit maintenant…
NV: La nuit, c’est impossible pour moi à cause du bruit…
SZ: Mais lui ne se réveille jamais! (rires). Il s’est habitué!

JAZZ CLASH #2 SECONDE PARTIE

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