Céline Dionysiaque

Le 17 juin, ça faisait plusieurs jours qu’on avait cette date en tête. Non parce que la France affrontait le Mexique (flûte, on s’était juré de pas parler de foot), mais parce que le label ACT sort aujourd’hui même un disque qu’on écoute en boucle (d’oreille, évidemment) depuis des semaines. Pour son premier opus sur la marque allemande, une jeune saxophoniste impose sa patte et nous claque avec classe son Way of Life à la trogne. Notez son nom dès aujourd’hui dans vos calepins, dans quelque temps il vaudra de l’or: Céline Bonacina.

« Untilted », telle est le non-nom de l’oeuvre de l’Autrichien Erwin Wurm qui trône en une de ce premier opus de Céline Bonacina sur un label à l’aura internationale. Outre d’offrir une splendide pochette (l’une des plus originales de ce début d’année), il sied parfaitement à la musique de la jeune saxophoniste: car « untitled », elle l’est aussi. Et même pour être plus précis « insaisissable ». Dans le sens où dès qu’on essaye de la définir, elle s’échappe sous nos mots et nos concepts castrateurs. La puissance de ce disque, c’est de sautiller dans de nombreuses directions, mais de toujours retomber sur ses pattes. Et ce grâce à la sonorité singulière de Céline Bonacina: profond, lyrique, enjoué, mystérieux, tantôt pur, tantôt paré d’effet, son saxophone (souvent baryton, chose assez rare pour être soulignée) fait office de fil conducteur entre toutes les voies explorées sur ce disque. Comme le costard d’Erwin Wurm: carré, mais coloré, habillé avec classe, mais émouvant comme une semi-mise à nu artistique. Et si la statue de l’artiste autrichien n’a pas de tête, il a des pieds et le disque de Céline, s’écoute (comme tous les disques qui nous touchent) plus avec les pieds (aux chaussettes orange) qu’avec la cabosse. Car malgré sa virtuosité, la jeune Frenchy préfère tisser des mélodies splendides, qui évoquent tantôt Wayne Shorter, tantôt Chris Speed, tantôt Hakon Kornstad. Way of Life regorge de richesses, explore tous les continents, toutes les techniques de jeu et délivre des morceaux imparables à l’image d’une des perles du disque, Travel Story. La preuve, si Céline devait figurer sur notre Criss Cross Player, on ne saurait que choisir: Course Pour Suite? Tôty Come Bach? Wake Up? RAB? Histoire de? Impossible de se décider, du coup on se réécoute pour le 25e fois le disque entier.


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2 réponses à “Céline Dionysiaque”

  1. [...] Lisez la suite de cet article sur le site CrissCross-Jazz ! Posted in: PRESSE Chercher – Search [...]

  2. Juliette dit :

    Entièrement d’accord. Une vraie fraîcheur et une jubilation jugulées a un vrai talent. Qu’attendent donc les clubs parisiens pour la programmer. Elle y a fait un concert de sortie de disque et depuis plus rien. Désolant !

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