Le radiographe

Tout a commencé au détour d’une rue à l’ouverture de Banlieues Bleues. Alex Dutilh allait enfourcher son scooter pour prendre l’avion à destination de Wynton Marsalis. On le salue chaleureusement – on n’oubliera jamais qu’il fut l’un des premiers à nous soutenir et à parler de Criss Cross dans sa quotidienne sur France Musique (Open Jazz de 19 à 20h). Au détour de la conversation, il nous annonce qu’il organise une nuit John Zorn, qu’il a (chose assez rare pour être soulignée) interviewé le saxophoniste et nous livre quelques clés pour appréhender la musique du créateur de Tzadik. Ni une ni deux, on prend rendez-vous avec lui quelques jours plus tard pour en savoir plus. Après avoir erré dans les interminables couloirs de la Maison de la Radio, on tombe enfin nez à nez avec lui. Il est 18h, son émission commence dans une heure. Il a oublié ses clés dans son scooter cinq étages plus bas. Heureusement, l’attachée de production de l’émission, Emmanuelle Lacaze, vient nous sauver. Alex nous reçoit donc dans le bureau qu’il partage avec Judith Chaine, nous fait quelques blagues sur le poster Agnès B. qui trône derrière lui et commence par nous faire le récit de ses rencontres avortées avec Mister Z. « Ce fut dix ans d’Arlésienne » confie-t-il en rigolant. Pendant longtemps, il prit des rendez-vous avec le saxophoniste qui lui joua souvent le coup du lapin. Le changement dans ses relations journalistiques avec le garçon s’opère en 2007. A l’époque rédacteur en chef de Jazzman, il compte monter un dossier sur l’univers du saxophoniste à qui il déclare: « si tu acceptes de m’accorder une interview, c’est génial, sinon ce n’est pas grave, je ferai quand même le dossier. » Et Zorn accepte, même s’il lui confie détester les interviews pour avoir été souvent trahi par des journalistes. Depuis, Alex Dutilh a le sentiment d’avoir su créer une relation de confiance avec le saxophoniste: « il faut savoir qu’il comprend très bien le français car il a été l’école des Nations Unies. C’est quelque chose de fondamental: depuis son plus jeune âge, il a l’esprit extrêmement ouvert et les copains d’école qu’il a gardés de cette époque sont de toutes les nationalités. Ce qui explique qu’il dédie des oeuvres à Duras, Duchamp, Artaud… Du coup il lit aussi la presse française: comme c’est quelqu’un que j’ai extrêmement suivi discographiquement, il savait ce que je pensais de lui et ce que j’écrivais sur lui. »

L’idée de cette semaine John Zorn est née l’an dernier. Alex Dutilh va interviewer John Zorn à New York à l’occasion de l’exposition Radical Jewish Culture à Paris. « Le jour où je vais chez lui avec Georges Kiosseff pour la prise de son, il me dit qu’il avait compris que je voulais faire une interview sur son œuvre or il ne veut pas s’exprimer publiquement sur la Radical Jewish Culture. Il me dit: je peux tout te raconter, t’aider à tout comprendre, mais le magnéto ne tourne pas. » A partir de ce jour, l’idée d’une interview concentrée sur l’oeuvre du saxophoniste fait son bonhomme de chemin dans la tête d’Alex Dutilh. « Je lui explique à Marciac que je veux lui faire parler de la musique contemporaine et du hardcore: il me dit que ça l’intéressait parce que personne ne lui avait jamais posé de questions sur la musique contemporaine ni sur le hardcore. » Rendez-vous est pris pendant les dernières vacances de Noël. La date peut sembler étrange, mais l’animateur d’Open Jazz s’en explique: « il m’a expliqué qu’il ne pouvait pas être marié parce qu’il l’était déjà avec son boulot. Il était donc libre pendant cette période de fêtes familiales et l’on s’est vus tranquillement, une heure et demie, en tête à tête. A la fin, il m’a dit “tu as tout, c’est sûr, tu n’as besoin de rien d’autre?” Et j’ai gardé ça comme leitmotiv de la nuit » confie le journaliste dans un rire. A l’occasion de cette semaine exceptionnelle, Alex Dutilh a bien voulu livrer à Criss Cross quelques clés essentielles pour comprendre l’univers zornien, du cinéma aux file cards en passant par l’ésotérisme et Aleister Crowley. LES CLES DE ZORN C’EST ICI

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