OK stop, ça suffit maintenant (that’s enough comme disent les Allemands). Voilà tout ce qu’on s’est dit en découvrant l’encadré « Messieurs les Anglais » dans le dernier Jazz Magazine/Jazzman. Notre sang n’a fait qu’un tour, on a eu envie d’aller frapper des carcasses de boeuf dans des chambres frigorifiques à Rungis pour se calmer. Puis on a fait trois fois le tour du Bois de Boulogne sans passer par la case relations tarifées avant de crier pendant dix-sept minutes au sommet du parc des Buttes Chaumont un « pourquoi? » qui nous endommagea les cordes vocales pour 48h non stop.
Aujourd’hui, c’est l’heure de
notre coming out: on en a ras le
cul de cette affirmation: « c’est
pas du jazz »
L’objet de notre courroux? Un tacle par derrière dirigé contre le Portico Quartet et le Neil Cowley Trio, une attaque en dessous de la ceinture symbole d’une intelligentsia ravie de rester entre amis, peu encline à accepter les petits nouveaux dans leurs parties fines incestueuses. Petit florilège: pour les premiers, « Rythmes, harmonies, improvisations, tout est si affligeant de pauvreté dans leur nouvel album éponyme qu’il vaut mieux en rire (…) A petits coups de beats (sic) et à grands renfort de boucles électroniques, ces Quat’ Pathétiques qu’on essaye de nous faire prendre pour les nouveaux Fab’Four du jazz branché tombent systématiquement à côté de la plaque (…) On a l’impression d’écouter la BO d’un mauvais documentaire animalier »; pour les seconds: « Neil Cowley et ses deux compères ont beau nous la surjouer « power trio » (…) leur verroterie jazzyfiante n’impressionnera que les membres du fan club du Portico (…) si des petits malins de cet acabit en profitent pour essayer de nous faire gober un disque dont pas un titre ne bruisse de la joyeuse inventivité de « Glad » de Traffic ou de l’énergie phénoménale de « The Barbarian » d’Emerson, Lake & Palmer (…) je vais foncer envoyer un texto à Jeanne d’Arc ». Car au-delà d’un défonçage en règle de deux artistes qu’on adore à Criss Cross (ce qui n’est qu’un détail, tous les goûts sont dans la nature, on ne choisit pas ses goûts, on ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille, on connaît la chanson, pas sur la bouche), c’est la démarche qui nous fait sortir de nos gonds: elle témoigne d’un fait qu’on a remarqué depuis des mois, mais qu’on regardait de loin pour ne pas s’engoncer dans des guerres de tranchées stériles et ne pas participer à ce jazz game malsain. Aujourd’hui, c’est l’heure de notre coming out: on en a ras le cul de cette affirmation: « c’est pas du jazz » adressée en l’occurrence ici aux deux groupes brittons. Putain depuis que le jazz est jazz, chaque nouvelle génération de musiciens subit cette accusation, de Miles Davis jusqu’à EST en passant même par Duke Ellington.
« Ce dont nous disposons
maintenant sont des hybrides
d’hybrides à tel point que l’on ne
se souvient plus de l’original. Je
crois que cette phrase décrit bien
la scène musicale actuelle. »
Fred Frith
Très franchement: qu’est-ce qu’on en a à branler que le Portico Quartet ou Neil Cowley ce ne soit pas du jazz? A peu près rien du tout. Car chaque nouvelle vague de musiciens réinvente les codes d’un « style » à leur arrivée sur le devant de la scène: avant de faire du jazz, de la pop ou de l’électro, ils font juste leur musique. L’histoire même du jazz est une suite de groupes dont on affirme « ce n’est pas du jazz ». C’est devenu l’argument facile et « objectif » de certains « professionnels de la profession » pour définir ce qu’ils n’aiment pas subjectivement. C’est en partie à cause de ce genre d’argument vaseux que chaque fois qu’on dit à nos amis (de splendides trentenaires imbibés d’alcool et de sexualité): « on écoute du jazz », inévitablement, on nous répond par une moue compatissante et par un « ah ouais, c’est dommage, vous êtes jeunes pourtant » ou encore un « mes pauvres… » suintant de mépris et de pitié à peine dissimulés. Les musiciens n’en ont rien à foutre de savoir s’ils font du jazz ou non et notamment Neil Cowley et le Portico Quartet: ils font la musique qu’ils font parce qu‘ils sont biberonnés aux grands noms du jazz comme à ceux de la pop ou de la musique classique. On est clairement entré dans une nouvelle ère où les styles n’importent plus: tout le monde s’en carre les reins, on écoute de tout, on pioche partout, on télécharge nulle part et on vibre librement avant de catégoriser (muscico)logiquement. Les gens qui ont découvert Charlie Parker ne sont pas demandé s’il faisait du jazz ou pas, ils ont juste vibré devant un musicien qui déchirait tout. On va d’ailleurs se permettre de citer Fred Frith qui s’y connaît plutôt pas mal dans ce genre: « Je ne crois pas qu’il existe encore un genre de musique. Il y a des musiciens de rock qui improvisent, il y a des improvisateurs qui travaillent avec des musiciens ethniques, il y a toutes sortes de musiques hybrides. Une citation que j’aime bien dit que ce dont nous disposons maintenant sont des hybrides d’hybrides à tel point que l’on ne se souvient plus de l’original. Je crois que cette phrase décrit bien la scène musicale actuelle. »
Quoi? Ils font de la mauvaise
musique selon Jazz Mag et donc
on va appeler la Pucelle chérie
des Le Pen père et fille pour les
bouter hors du territoire?
Qu’est-ce que ça veut dire? Et
s’ils avaient été Allemands, on
aurait twitté le Général de
Gaulle?
Miles Davis savait très bien qu’il ne dépasserait jamais Louis Armstrong sur son terrain, alors il a décidé de s’en créer un autre où il serait le roi, et de préférence un terrain assez attrayant et séduisant qui ferait que tout le monde aurait envie d’y venir s’éclater. Le Portico Quartet et le Neil Cowley Trio ne font rien d’autre: ils essayent juste de faire une musique contemporaine où l’esprit de groupe transcende les velléités solitaires, où la construction du morceau dépasse les solos et où, tout simplement, la communauté surpasse l’individu – big up à Platon et à George Papandréou. D’ailleurs, ce même magazine défend constamment n’importe quelle daube de Marcus Miller ou de Herbie Hancock (demandez autour de vous quel est le dernier album que vos amis mélomanes ont acheté de ces deux géants dont les ailes les empêchent de marcher: jamais un disque de ces dix dernières années). Alors oui, c’est plus facile « de se faire un jeune groupe », d’autant plus « étranger » – car on ne risque pas d’avoir un coup de fil du gars en question ou ses pneus de Vélib crevés au retour d’un concert. En parlant d’étranger, on reste sans voix devant la conclusion de l’article « je vais foncer envoyer un texto à Jeanne d’Arc », phrase hallucinante de mauvais goût. Quoi? Ils font de la mauvaise musique selon Jazz Mag et donc on va appeler la Pucelle chérie des Le Pen père et fille pour les bouter hors du territoire? Qu’est-ce que ça veut dire? Et s’ils avaient été Allemands, on aurait twitté le Général de Gaulle? Et s’ils étaient Arabes? Alors quoi? On aurait procédé à une dénonciation en bonne et due forme sur le mur Facebook de Charles Martel?
Le microcosme du jazz ne se
rend pas compte qu’il crie dans
une prison plaquée or de 9m2
qui se renvoie son propre écho et
prend peur en se reluquant le
nombril dans la glace.
Atterrés, on comprend mieux pourquoi le nouveau label de Limousine a décidé d’axer sa promo sur la presse rock et le public pop pour défendre « II », sans doute l’un des plus beaux disques enfantés en France ces dernières années. Car oui, si le jazz reste toujours cette musique ouverte sur le monde et que les musiciens se branlent des catégories, les gardiens du temple seront toujours des gardiens du temple. On aura beau changer de pape, l’institution religieuse restera. On aura beau changer d’Académiciens, l’Académie sera toujours académique. Et on aura beau changer de gardiens, le temple sera toujours tenu par les mêmes colonnes et fermé aux béotiens. Enfin, dernière chose: Jazz Magazine/Jazzman/Muziq/le plus grand magazine de jazz d’Europe/qui aime les mêmes musiques que vous prétend que le Portico Quartet nous inonde de sa promo mensongère. Mais il faut quand même savoir raison garder: le Portico, ce n’est pas non plus Lana Del Rey et un buzz savamment préparé. Aucune affiche dans la métro, aucun passage télé, des diffusions à la radio qui se comptent sur le bout de doigts de lépreux, juste Gilles Peterson (qui jadis fit la une de Jazz Mag) qui les loue dans sa géniale émission qui (re)passe sur Radio Nova. Encore une preuve que le microcosme du jazz ne se rend pas compte qu’il crie dans une prison plaquée or de 9m2 qui se renvoie son propre écho et prend peur en se reluquant le nombril dans la glace. C’est déprimant.
On sait très bien qu’un jour
aussi ça nous arrivera, qu’on
attaquera en 2043 les petits
nouveaux qui oseront se
réclamer du jazz, mais ce jour-là
on vous en supplie,
lapidez-nous.
Alors pour finir: certes le dernier album de Neil Cowley n’est pas son meilleur et « Radio Silence » était bien plus excitant, mais le garçon s’est lancé un défi en invitant un orchestre à cordes au banquet et on ne peut que saluer les musiciens qui essayent de se remettre en question. Quant au Portico Quartet, même démarche: au lieu de répéter la recette gagnante de « Isla », ils tentent d’électroniser leur musique pour un résultat irrésistible. Que les gardiens du temple restent entre eux, les musiciens continuent pour leur part d’avancer et de transmettre la bonne nouvelle de la musique (jazz) bien plus et bien mieux que ne le fait et ne le fera Jazz Magazine à des amateurs qui ne liront sans doute jamais ces lignes écrites au jus de citron. Grâce au Portico, toute une génération va avoir envie d’aller écouter Miles Davis, Jan Garbarek ou encore EST et du coup comme EST a repris Monk, ils vont se plonger dans Monk, puis dans Charlie Parker etc. Un effet boule de neige qui rend vraiment le jazz intemporel. On sait très bien qu’un jour aussi ça nous arrivera, qu’on attaquera en 2043 les petits nouveaux qui oseront se réclamer du jazz, mais ce jour-là on vous en supplie, lapidez-nous, achevez-nous, tirez-nous une balle dans la bouche, ce sera nous rendre service.
Bisous, bisous
Criss Cross




Bonjour
Je pense que la musik dois rester libre quelle que soit le style , mais quelle soit
habiter , àprés tout le monde à le droit de ce faire plaisir .
Bonne journée . Xavier .
quand t’es dans le désert ! quel cri… quelle colère. Et pourtant, c’est pas franchement du jazz free (autre nom très con par ailleurs… demandez aux principaux intéressés) que Portico Quartet. Pas vraiment du jazz non plus, et à vrai dire on s’en fout un peu, beaucoup, à la folie. Alors le jazz, c’est quoi ? Vastes ébats pour des réponses divergentes. Le débat ne date pas d’avant-hier: Duke Ellington n’a jamais goûté le terme, et encore moins Henry Threadgill et compagnie. La liste est trop longue (un pur Bottin) de ceux qui aiment le jazz mais qui ne pensent pas lui mettre un nom dans sa face. Le jazz, pour ma modeste part, c’est une musique qui s’est jouée il y a des années, l’expression d’une communauté (le peuple blues, et puis les étasuniens, pour faire – forcément trop – court… ne lire aucun relens nauséabond dans cette assertion) qui a peu à peu touché d’autres hommes à force que le monde se parlait de plus en plus, de plus en plus vite. Les miracles du microsillon, de la radio, du téléphone, de l’internet ! Du coup, on a joué du jazz un peu partout, chacun avec son propre accent (car la musique, c’est aussi et surtout une langue). A la même époque on jouait aussi du tango un peu partout, en Turquie par exemple. et puis de la samba, en France…. sauf que les USA c’est pas l’Argentine, ni le Brésil (quoique le Brésil des années 2.0). Du coup le jazz a résonné de partout, tandis que dans son espace d’origine, des musiciens oeuvraient à en parfaire la grammaire, trouvaient de nouvelles formules, inventaient des verbes irréguliers… Le swing devint bop, lequel devint hard… tant et si bien qu’à la fin des années 50 on est arrivé au bout de l’histoire (enfin on y arrive jamais tout à fait), avec plein de sous-genre. Ornette a dit : somethin else, pour le jazz soit libre, afin de s’échapper aux lourdeurs (déjà) de l’époque. Miles a enregistré a kind of blue, et Coltrane a posé Giant Steps, des escaliers harmoniques sur lequel pas mal depuis se sont avachis. Quoi faire après ? A Love Supreme : ouvrir vers le monde (en l’occurrence un rag), alors même que cette communauté avait trouvé d’autres voies en son sein (la soul, le funk…), s’affranchissait des carcans ségrégués, partait à la découverte du monde… Et le jazz devint tout à la fois l’affaire de tous, tout le monde, mais surtout une tout autre musique. Dix ans plus tard, Duke Ellington, le père du jazz qui ne cachait pas son amour pour la musique française, pour le sacre du printemps, mourrait. Miles (qui enregistrait des disques psyché funk avec des Anglais, Brésiliens et des Indiens…) lui rendit un hommage planant : He Loved Him Madly. La messe était dite. Le jaaaaaaaaaaaaazzzzzzzz depuis n’est qu’une vieille affaire de chapelles qui concerne finalement bien peu le monde de la musique, et encore moins les musiciens. Alors Portico Quartet dans tout ça ? Ben non ils font VRAIMENT pas du jazz. Mais là n’est pas le problème. Non, le problème est ailleurs… mais ça c’est une autre histoire.
amitiés aux coming outers d’un outlaw totalement out
N’ayant pas eu la chance (?) d’entendre le Portico Quartet et le Neil Cowley Trio, je ne saurais me prononcer et, l’ignorance n’étant jamais un argument, je m’abstiendrai de tout commentaire. Désolé.
Bonjour,
le problème avec vous les Jazz man c’est que vous vivez sous le regard de la critique , on voit bien à la longueur de votre article a quel point son regard compte . Si on est pas estampillé Jazzmag ou télérama c’est pas du jazz ? Ce serait aussi bête que de penser que les artistes dans ROck and Folk font du Rock !
Alors je vous en supplie , arrêtez de lire les journeaux et commencer à faire de la musique !
Après , je dis bien après on parlera de style .
toujours la même guéguerre depuis 100 ans
Hello,
C’est rigolo car, hier soir, alors que je n’avais as encore lu ce coup de gueule, j’ai eu cette discussion (très brève) avec Franck Bergerot, au Duc, devant Mark Turner.
Avec tout le respect que j’ai pour lui – qui est un fin connaisseur de l’histoire du jazz -, je me disais, dans un coin de ma tête, Franck Bergerot, c’est un peu le Panassié des temps modernes. L’amateur très éclairé (mais qui n’est tout de même pas musicien de formation, ce qui de mon point de vue pose de grosses limites quand on s’attaque à définir ce qu’est le jazz) qui voudrait convaincre le reste du monde que la production du Portico, Cowley & cie est une sous musique (ou n’est pas du jazz).
C’est ce qu’a essayé de faire Panassié avec l’arrivée des premiers disques de bop en France. Problème, il avait Boris Vian et André Hodeir en face, émerveillés par la musique de Parker. Du coup, il est allé se faire voir avec sa théorie du « jazz authentique ». Une vraie blague.
Quand l’on voit la ligne éditoriale de Jazz Hot qui ressort ses vieux écrits de Delaunay tous les trois mois et quand on jette un oeil au Bulletin du Hot Club de France, on espère un futur plus clément pour Jazz Magazine. Cela étant, j’ai bien peur que l’histoire de la presse jazz française soit cyclique et que ça arrive plus rapidement qu’on ne le pense.
Les critères du jazz sont désormais trop nombreux pour être consensuels. La seule définition qui vaille est celle qu’offre la réception de cette musique par le public et les journalistes. Or, si Jazzmag a chroniqué Le Portico Quartet et Neil Cowley, c’est qu’il s’est senti concerné par cette musique, qu’il a « reçue » comme une musique de jazz.
Blague à part, je me suis ennuyé à mourir au concert du London Jazz Fest du Portico Quartet. Eux-même n’ont aucune culture jazzistique, à l’image de Neil Cowley. Mais ça c’est un autre problème je suppose.
je suis abonné a jazzmag…….et un amatteur de jazz de 65 balais qui a traversé bien des guéguerre du jazz, souvent d’ailleur (dixit Marc Laferrière que je connais) alimenter par la presse et les média , et même Boris Vian…alors que chez les musiciens eux mêmes la cohabitation ne posait par de problème. Bref pour vous dire que je partage parfaitement votre avis et que j’aime le citron, mais s’il fait tourner parfois le lait du jazz qui fut servi dans mon biberon et que certains dynosaures amatteur de jazz ,s’il le sont vraiment,aiment justement les transgressions car sans ces dernières le jazz serait mort-né…….est si c’était le cas depuis 100 ans ??????????
Entièrement d’accord. L’exemple que vous citez pour Herbie Hancock et Marcus Miller est tellement vrai… C’est un peu comme avec Télérama, ils ont des réalisateurs qui auront toujours trois T quoi qu’il fassent, quand d’autres qui ne sont pas dans leurs petits papiers ne se verront attribuer qu’un seul T. Mais bon, je pense que beaucoup de monde s’en est rendu compte ! Il n’empêche que c’est bien dommage…
Continuez d’éditer des disques et des artistes en lesquels vous croyez, c’est le plus important !
Keep it up
Bergerot = Panassié… ça risque de ne pas trop lui plaire… quant à Philippe Carles, quelle prudence !
Oui enfin ce n’est pas tellement une insulte, Panassié est la première personne à avoir parlé sérieusement de jazz en France. Un mec brillant qui est juste resté kéblo au hot jazz. Or, Bergerot est un des rares critiques à connaître aussi bien l’histoire du jazz, mais il est réticent face à ce nouveau courant de « acoustic jazz-pop » qui, il faut bien le reconnaître, est loin d’être révolutionnaire. C’est un point de vue défendable. Mais entre ça et les bouses que l’on entend du côté des musiques improvisées ou le bop revival qui n’en finit plus, le choix est vite fait.
Bref, sur ce, je m’en vais skier.
je reviens une dernière fois… avec deux citations « Il y a deux sortes de musiques, la bonne et la mauvaise » (Duke Ellington) et « Je préfère la musique que j’aime à celle que je n’aime pas » (Erik Satie), opinions que je partage
bref, su ce, je m’en vais écouter le dernier Ahmad Jamal « Blue Moon » encore une fois et une autre
le problème Louis M(outin) c’est souvent l’incompréhension entre les musiciens et les critiques,problème récurrent et de développement durable… la musique sans les critiques pour en parler en bien ou en moins bien, que devient-elle ? depuis mes premiers écrits il y a près de quarante ans, j’ai défendu toutes les styles de musiques, me suis trompé souvent, mais j’ai gardé de bons souvenirs avec beaucoup de musiciens et c’est cela le principal… ultime commentaire
Bien essayé, mais erreur sur la personne…
en fait, on est tous d’accord, non?
soit dit en passant, on est tombés sur les propos d’un certain John Z. qui tombent à pic:
« And one thing that I have to say, which is interesting on kind of a socio-cultural level of how this music has been misunderstood-understood, marginalized-glorified, this is a new music. There is a music that is kind of post-’60s and that music is a very pluralistic music, a music that incorporates and accepts all these different influences. These people that we’re talking about, whether it’s Fred Frith, Marc Ribot, Wayne Horvitz or Uri Caine, these are people that love all kinds of music and listen to all kinds of music. And they had access to all kinds of music and created something with that, with all their loves. And it’s a new music. Maybe Uri’s a little more in the jazz camp coming out of Philly with his background, maybe Fred Frith is a little more in the rock-folk camp. Everybody has different roots in different places. Ultimately, I thought of myself as more of a classical musician who then got involved with different kinds of players.
But the music is not jazz music, it’s not classical music, it’s not rock music. It’s a new kind of music that was loved by people like yourself and other writers who were on that scene in the late ’70s-early ‘80s. You loved this music, you were stimulated by it, it said something to you because it came from your experience. But where can you write about this music that you love? What are the outlets? The only outlets were jazz magazines. Even though it didn’t belong in that tradition or in that format, it was the only format that there was. So I feel like that created a deep misunderstanding in what this music is. People started judging this new music with the standards of jazz, with the definitions of what jazz is and isn’t, because stories about it appeared in jazz magazines. And now I’ll do a gig at the Marciac Jazz Festival and I’ll get offstage and Wynton Marsalis will say, “That’s not jazz.” And I’ll say, “You’re right! But this is the only gig I’ve got, man. Give me another festival and I’ll play there.” »
http://jazztimes.com/articles/24597-john-zorn-the-working-man
bisous bisous CxC
ben non pas tout à fait en fait… moi, de mon côté, je m’en fous un peu qu’on dise que c’est pas du jazz ! c’est pas le propos des musiciens actuels : même Ahmad Jamal ne s’y retrouve pas. c’est dire quand on sait que son dernier disque est ce qui se fait de mieux dans un certain jazz.
« Both Cannonball and Miles agree that there has been far too much labeling of jazzmen, that there is an almost limitless degree of overlapping between schools and that what counts is not the branding of the music, but the cohesive quality of their concerted efforts. » – Leonard Feather, liner notes from « Somethin’ Else »
jazz ou pas jazz… pourquoi tant de musiciens pas jazz veulent jouer dans les clubs et festivals DE jazz ? pour cracher dans la soupe ?
Vous êtes beaux ….
Wow: controversy, so it seems!
Eh bien personnellement ce que je constate c’est que cet article manque sa cible. Jeunes, pas jeunes: c’est de ça qu’on se tape! Un VRAI groupe est une formation qui n’exclut personne (y compris en tant qu’invité) pour des raisons d’âge, mais ne s’occupe que du talent et de la compatibilité stylistique et humaine (cf. chez nous le magnifique disque de la trentenaire Alexandra Grimal (ts) en compagnie de Lee Konitz (as), Gary Peacock (b) et Paul Motian (dm), qui pourraient tous être ses grands-pères).
Par contre quiconque a mis les pieds sur le sol du Royaume-Uni ou a lu récemment une de leurs publications musicales ne peut que s’étonner de la promo dont Portico et Neil Cowley bénéficient sur le Continent (comme ils disent outre-Manche), et entre autres en France.
Chacun ses goûts (de chiottes, éventuellement) certes, mais une telle promo ne peut convaincre de la valeur de ces deux formations que ceux qui n’ont pas de points de comparaisons.
Or ces points de comparaisons s’appellent (entre autres) Empirical, Triptych, Phronesis, Robert Mitchell, Curios, Justin Carroll, Outhouse, Partisans, Fraud, Jason Yarde, Shabaka Hutchings…
Et je ne ferai pas à mes chers confrères anglophiles de crisscross-jazz l’insulte de mentionner Polar Bear ou Acoustic Ladyland.
En revanche, on attend de ces chers confrères (et avec une certaine impatience, je dois dire) qu’ils fassent découvrir à leur public de trentenaires avides de nouveauté (« plonger […] au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau », disait l’autre) quelques-uns des groupes et musiciens susmentionnés (voire d’autres) qui n’ont pas la chance de bénéficier de la promotion de leur bien aimé Portik O’Neil-Kowlay.
C’est ça le vrai travail de journaliste, me semble-t-il. Or am I wrong?
Thierry Quénum