Sérieux dans nos affaires

Vous êtes nombreux à nous écrire, à nous poker, à nous bipper sur notre Tatoo (#666999) pour vous inquiéter de notre relative paresse à poster des articles sur Criss Cross. Alors déjà, vous pouvez enlever « relative » de vos messages. Non, c’est une paresse réelle, éprouvée, magnifiée. La paresse, c’est la plus belle chose que les hommes aient inventée après la langue de vipère. Donc, on ne va pas s’en priver. On s’en asperge matin, midi et soir à tel point que la nuit, on a même la paresse de dormir. Il faut se brosser les dents, mettre son pyjama, faire sa prière. C’est trop de boulot. Criss Cross ne se met pas au lit, Criss Cross attend que le lit vienne à lui. En fait, on reçoit tellement de lettres de réclamation ces dernières semaines que la Poste confond notre adresse avec celle du Père Noël. Du coup, on a accès aux demandes de cadeaux de nombreux d’entre vous. Et on est étonné par le nombre de musiciens qui espèrent que le Papa Noël leur offre du succès. Il ne faut pas rêver les gars, le Père Noël ne peut obtenir que des objets disponibles en grande distribution ou sur Amazon. On se demande même comment il bossait avant l’avènement d’Internet. Tant qu’on y est, et puisqu’on révèle les cadeaux des autres, on se doit d’être transparents et de vous livrer notre liste au Père Noël :
- une nuit non tarifée avec Kristen Stewart
- une chronique hebdomadaire sur Radio Libertaire (ou Radio Courtoisie, on n’est pas sectaires)
- un concert non annulé de David Sylvian
- 5 centimètres
- une cuite non tarifée et non annulée avec John Zorn
- un passeport belge (vous aviez bien compris que notre passion de la Belgique n’était pas naïve, c’est pour les droits de succession bien évidemment, on aimerait tant que nos spermatozoïdes aient envie un jour de sortir de leur bulle, il faut trouver des arguments béton)
- de la chance
- un bon disque de Marcus Miller

Pour Marcus Miller, c’est évidemment de la déconne tagada tsoin-tsoin, on sait que le Père Noël ne fait pas de miracles, on ne le confond pas avec le Père Christ même s’ils sont nés le même jour. Toujours est-il qu’avec toutes ces lettres à lire et à archiver, on a bien évidemment moins de temps de cerveau disponible pour s’occuper de Criss Cross. Mais Criss Cross, c’est un peu comme l’Alsace-Lorraine: « Y penser toujours, n’en parler jamais. » Nous croyons aux forces de l’esprit et ne vous quitterons pas. Nous formons ce soir des vœux pour vous tous en nous adressant d’abord à ceux qui souffrent, à ceux qui sont seuls, à ceux qui sont loin de chez eux. Bonne année, chers compatriotes. Bonne année et longue vie. Vive la République, Vive la France.

Et puis un événement a relancé notre flamme. La lecture de Just Kids de Patti Smith. Bérangère Maximin nous l’avait chaudement conseillé à tel point qu’elle voulait absolument qu’il apparaisse sur la vidéo de « Knitting in the air » (ça arrive à 2’06). Citant Valéry (le poète pas l’accordéoniste), Patti écrit pour se rassurer « Les poètes ne finissent pas les poèmes, ils les abandonnent ». Déjà voir Patti Smith galérer et douter de son talent sur des pages et des pages, ça rassure. Mais voir Patti Smith tenter de se rassurer, ça rassure encore plus. On ne sait jamais si on est sur la bonne voie et encore moins sur la bonne voix. Alors parfois on préfère laisser le silence et l’absence parler pour nous. On n’ira pas jusqu’à dire qu’on imagine Criss Cross comme un long poème à jamais inachevé, mais on a souvent pensé à abandonner parce que les points d’exclamation ça claque plus les fesses que les points de suspension. C’est le choix qu’ont fait les gars de Vox Pop. On le déplore, mais on respecte. On a toujours admiré ceux qui savaient partir au bon moment, de Rimbaud à Salinger en passant par Mark Hollis. On a toujours préféré la frustration au trop-plein. Sans doute des traumatismes enfantins qu’on emportera dans nos tombes sur lesquelles on espère que vous serez nombreux à venir cracher. On se souvient qu’à l’école, on a toujours préféré qu’on nous pique nos pains au chocolat plutôt que de s’en dégoûter (ceci explique aussi sans doute nos irréprochables lignes de mannequins Redoute). Tout ça pour dire qu’on ne lâche pas, qu’on reste sérieux dans nos affaires, dans la façon dont on parle à nos frères. Chacun de nous est magique, personne ne nous impressionne mais chacun de nous est unique. Notre phrasé garde sa direction, gagne en maturité. Et toutes les polices savent qu’on représente pour elles un danger. Toi-même tu sais…

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Une réponse à “Sérieux dans nos affaires”

  1. [...] coloniale de 1931, les gants cramponnés au smartphone… Puis ils sont arrivé, les CrissCross. Ils sont sympa, barbus, et bien sapés. Même s’ils ont tendance à oublier que sur la [...]

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