Chacun ses olives

« Chacun ses olives » telle est la seule phrase que nos synapses lézardées arrivent à transmettre à nos claviers malades. Hier, on a expérimenté la fin du monde à la soirée You & The Night & The Music de TSF Jazz à l’Olympia.

On aurait dû s’en douter. Les soirées TSF nous provoquent chaque année des trous de mémoire béants. C’est simple, ce n’est même plus de la mémoire, c’est un résidu de souvenirs f(l)ous, comme un emmenthal qui aurait tellement de grottes que le fromage ne saurait plus où se nicher. On aurait dû s’en douter quand quelques heures auparavant, une serveuse avait offert à chacun d’entre nous sa coupelle d’olives. Ses mots, exacts et ciselés, sont restés gravés à jamais: « chacun ses olives. » On aurait dû s’en douter. Dans le texte original de l’apocalypse des Mayas, dans un paragraphe souvent mal traduit par les spécialistes, il était déjà dit que c’était par l’olive que la foudre s’abattrait sur la Terre. Personne n’osa se fier à une telle prophétie qui semblait à l’époque fantaisiste. Une olive, ça ne ferait pas de mal à une mouche, s’exclamaient les érudits du dimanche la bouche en cul de poule. On aurait dû s’en douter quand on remarqua au détour d’un cure-dent, une olive qui nous matait avec une drôle de poire. Comme si elle nous aboyait sa prophétie. On aurait dû sans douter. Comme comprendre autrement notre besoin irrépressible de faire trôner en une d’un cliché de nos pommes: « Avant, on écoutait du jazz ». Avant quoi? Avant l’Apocalypse. C’est évident. La prophétie a parlé à travers nos bouches malgré nous. On aurait dû s’en douter. Car dorénavant, dans l’état dans lequel nous sommes, il nous est physiquement impossible d’écouter quoi que ce soit. La musique savante manque à notre désir et on doit se concentrer de toutes nos forces pour essayer de distinguer nos battements de coeur. Mais même dans le silence le plus absolu de la fin du monde, rien ne bouge, rien ne dépasse, rien ne frappe. On aurait dû s’en douter. Nous avons traversé hier le Rubicon et vous écrivons d’un lieu dont les contours sont encore à définir. D’ailleurs, les plus socialistes d’entre vous auront reconnu dans notre post d’hier les derniers mots officiels de Tonton Mitterrand. Nous croyons aux forces de l’esprit et ne vous quitterons pas, écrivions-nous. On tient promesse et l’on vous livre les derniers clichés d’une soirée mortelle à tous points de vue. Notre mémoire, par la force de la destruction de nos corps, est incapable de mettre un nom sur toutes ces personnes au physique si avenant. On vous saurait gré de nous aider à les identifier pour savoir avec qui nous avons passé nos dernière heures. Ah, si, un seul nom reste sculpté dans nos âmes: Hugh Coltman. On est déçu de l’avoir rencontré si tardivement et on espère que dans une autre vie, on pourra rattraper le temps perdu d’une amitié avortée qui s’annonçait grandiose, peut-être trop. Dorénavant nous ne serons qu’amour, tendresse et charité. Dès que ces sentiments s’empareront de vous, ce sera nous qui viendrons visiter vos corps divinement charpentés.


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