Avec ce Piano Solo (Bee Jazz/Abeille Musique), Issam Krimi réussit avec Barbara ce que Joann Sfar a échoué avec Gainsbourg. Loin de chercher à faire un biopic musical de la Dame brune, le garçon se fait son film à partir d’une poignée de chansons phares de la chanteuse disparue en 97. Résultat: Vienne, Ma plus belle histoire d’amour ou Dis, quand reviendras-tu ne baignent pas dans le formol mais dans l’elixir de jouvence. Comment jouer Barbara dans une époque post-Barbara marquée par l’avènement de Radiohead et de l’art de la reprise édicté par Brad Mehldau? Tel semble être le souci d’Issam Krimi. Et notre pianiste y parvient avec brio, singularité et un certain panache. Piano Solo fonctionne comme un film: des gros plans sur certaines mélodies, des flashbacks, des ellipses, des ralentis, des montages serrés, (Lire la suite…)
‘Galettes’
CHAMBRE D’ECOUTE christian scott
23 février 2010
Il faut l’avouer, le confesser en se flagellant avec les roses désséchées qu’on s’est nous-mêmes offertes pour la Saint-Valentin: jusqu’à aujourd’hui, on n’y croyait que (très) modérément à Christian Scott. Ce côté bête de foire surdouée qui lui collait à la peau sur son premier fait d’armes « Anthem », très peu pour nous, merci. Mais le temps, qui fait bien son boulot, a eu raison de nos réticences. Pour son second album studio, le trompettiste oublie son côté pompier flambeur pour préférer le versant ouvrier besogneux. Sur « Yesterday You Said Tomorrow » (Concord/Universal), le Néo-Orléanais ne cherche plus à impressionner les Muses avec ses pectoraux fort bien dessinés ma foi, il cherche juste à les taquiner avec malice. Finis les gros effets, Christian Scott renoue enfin avec un certain minimalisme qui lui réussit beaucoup mieux. (Lire la suite…)
CHAMBRE D’ECOUTE gil scott-heron
8 février 2010
Les doyens font de la résistance. Outre Jacques Coursil dont le « Trail of Tears » fait les beaux jours de la platine Criss Cross et dont on vous reparle très vite, Gil Scott-Heron sort des placards l’autre chef-d’oeuvre de ce début d’année. Chez le Monsieur, tout fait sens et « I’m New Here » (XL Recordings/Beggars) est bien plus qu’un simple album: c’est un histoire palpitante, une autobiographie musicale, un manifeste des temps modernes, un témoignage implacable de notre époque. Le diable se cache dans les détails. Gil Scott-Heron, qui chante Me And The Devil, le sait mieux que quiconque, lui qui soigne cet album de retour dans ses moindres recoins: de courtes interludes quasiment parlées entrecoupent des morceaux en bonne et due forme dont aucun ne s’étend inutilement (Lire la suite…)
CHAMBRE D’ECOUTE pat metheny
29 janvier 2010
A la manière d’un Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes, Pat Metheny nous rejoue avec « Orchestrion » (Nonesuch/Warner), le coup de l’homme seul face à la machine. Mais au lieu de mettre en avant le côté désespéré de ce combat, le rire qui naît du placage du mécanique sur l’organique (spéciale dédicace à Bergson), le guitariste échevelé choisit d’en exacerber le côté émouvant. Cet orchestre mécanique aurait pu ressembler à un orgue de Barbarie éreintée pour reprendre l’expression de Baudelaire pour parler du mariage version ratée. Mais non, le nouveau projet fou de l’Américain délivre des instants d’émotion rares. Ce crescendo imparable résolu en beauté après douze minutes de recherches sur le morceau titre du disque, quelle claque. (Lire la suite…)
CHAMBRE D’ECOUTE tord gustavsen
25 janvier 2010
Malgré les apparences, Criss Cross n’a pas toujours le nez dans le guidon. On se promène et furète dans le bois joli de la toile jazz. Et deux lectures nous ont interpellé ces derniers jours. Un message de Pierre Bertrand sur le forum de Citizen Jazz qui regrettait la bonne époque où les critiques se mettaient gentiment sur la gueule pour un oui ou pour un disque. Puis en flânant sur les Dernières Nouvelles du Jazz, on a noté un avis on ne peut plus négatif sur le dernier opus de Tord Gustavsen. Ni une, ni une deux, les neurones ont pour une fois joué leur rôle et ont lié les deux informations en moins de temps qu’il faut pour dire anticonstitutionnellement. Chères DNJ, nous nous portons en faux. Et nous vous provoquons en un duel sanglant. Non, le dernier opus du pianiste norvégien n’est pas un échec, c’est une réussite envoûtante. (Lire la suite…)
CHAMBRE D’ECOUTE magic malik orchestra
22 décembre 2009
« Bingo » (Odduara/Abeille Musique) ou comment Magic Malik change ses habitudes. Ordinairement, le flûtiste laisse longuement poireauter ses fans entre deux disques. Cette fois-ci, il aura suffi de quelques mois avant de voir survenir le successeur de « Saoule ». Et tandis que ses précédents opus étaient nés dans le cocon moelleux d’un studio, « Bingo » se présente comme le premier album « live » de son Orchestra. Enregistré à chaud lors de deux soirs printaniers au Sunset, le disque révèle au grand jour les dernières expérimentations de Magic Malik: exit les XP, voici venue l’ère des Junon. Mais « Bingo », c’est surtout le témoignage discographique de la puissance créative d’un groupe de scène hors du commun, capable de danser dans les chaînes rythmiques tissées par le compositeur en chef. (Lire la suite…)
Tout a été dit des conditions douloureuses dans lesquelles se sont déroulées ces concerts au Café Montmartre (qui, comme son nom ne l’indique pas, se trouve à… Copenhague) et l’Académie du Jazz vient de sacrer ce coffret « People Time » (Emarcy/Universal) meilleure réédition de l’année passée. Pour quelques instants, Stan Getz se joue de ce satané cancer qui aura malheureusement sa peau quelques semaines plus tard. Pour quatre concerts et sept sets d’une semaine de mars 91, le saxophoniste fait (quasiment) comme si de rien n’était. Il y aurait matière à méditer sur tous ces artistes qui, malgré la maladie, parviennent à se transcender une fois les doigts de pied posés sur une scène, qu’elle soit de théâtre, de musique ou de pacotille. De mémoire de Criss Cross, on se souvient encore d’un Joe Zawinul
Dans la série « la fortune sourit aux audacieux » et après le premier épisode écrit par 