‘Galettes’

CHAMBRE D’ECOUTE pat metheny

29 janvier 2010

CD_METHENYA la manière d’un Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes, Pat Metheny nous rejoue avec « Orchestrion » (Nonesuch/Warner), le coup de l’homme seul face à la machine. Mais au lieu de mettre en avant le côté désespéré de ce combat, le rire qui naît du placage du mécanique sur l’organique (spéciale dédicace à Bergson), le guitariste échevelé choisit d’en exacerber le côté émouvant. Cet orchestre mécanique aurait pu ressembler à un orgue de Barbarie éreintée pour reprendre l’expression de Baudelaire pour parler du mariage version ratée. Mais non, le nouveau projet fou de l’Américain délivre des instants d’émotion rares. Ce crescendo imparable résolu en beauté après douze minutes de recherches sur le morceau titre du disque, quelle claque. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE tord gustavsen

25 janvier 2010

CD_GUSTAVSENMalgré les apparences, Criss Cross n’a pas toujours le nez dans le guidon. On se promène et furète dans le bois joli de la toile jazz. Et deux lectures nous ont interpellé ces derniers jours. Un message de Pierre Bertrand sur le forum de Citizen Jazz qui regrettait la bonne époque où les critiques se mettaient gentiment sur la gueule pour un oui ou pour un disque. Puis en flânant sur les Dernières Nouvelles du Jazz, on a noté un avis on ne peut plus négatif sur le dernier opus de Tord Gustavsen. Ni une, ni une deux, les neurones ont pour une fois joué leur rôle et ont lié les deux informations en moins de temps qu’il faut pour dire anticonstitutionnellement. Chères DNJ, nous nous portons en faux. Et nous vous provoquons en un duel sanglant. Non, le dernier opus du pianiste norvégien n’est pas un échec, c’est une réussite envoûtante. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE magic malik orchestra

22 décembre 2009

CD_MAGIC_MALIK« Bingo » (Odduara/Abeille Musique) ou comment Magic Malik change ses habitudes. Ordinairement, le flûtiste laisse longuement poireauter ses fans entre deux disques. Cette fois-ci, il aura suffi de quelques mois avant de voir survenir le successeur de « Saoule ». Et tandis que ses précédents opus étaient nés dans le cocon moelleux d’un studio, « Bingo » se présente comme le premier album « live » de son Orchestra. Enregistré à chaud lors de deux soirs printaniers au Sunset, le disque révèle au grand jour les dernières expérimentations de Magic Malik: exit les XP, voici venue l’ère des Junon. Mais « Bingo », c’est surtout le témoignage discographique de la puissance créative d’un groupe de scène hors du commun, capable de danser dans les chaînes rythmiques tissées par le compositeur en chef. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE the black napkins

14 décembre 2009

CD_BLACK_NAPKINSSi The Black Napkins tirent leur nom d’un morceau de Zappa, c’est plutôt vers Sonic Youth, John Zorn ou Supersilent que les trois Hollandais font tourner leurs serviettes. Expérimental, free, noise, indus, décomplexé, inventif, leur premier opus, « The Black Napkins » (Rat Records), offre un étonnant mélange: piècettes, longues suites, mélodies ciselées comme la Cordillère des Andes avant érosion, crépitements aussi inquiétants que de compter Eric Besson parmi ses ex-futurs-néo-amis, The Black Napkins aiment varier les formats et les (dé)plaisirs. Comme lors de débats au café du commerce autour d’une suze à 6h32 (du matin), ça part dans tous les sens. Chaque instrumentiste lance des piques, des flèches, des balises de détresse, espérant que l’autre saura y répondre. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE cine xtet bruno regnier

10 décembre 2009

CDXTETAprès s’être attelé à illustrer Buster Keaton, le Cine Xtet de Bruno Regnier s’attaque donc à un autre monument du muet, Douglas Fairbanks, le prince des films de cape d’épée. Mais le capitaine chef d’orchestre-compositeur et ses huit mousquetaires battent le fer plus loin que ça. Car « The Mark Of Zorro » (Jazz A Tout Va/Anticraft), le disque, est un film à lui tout seul. Pas besoin de visionner les images mises en scène par Fred Niblo en 1920 pour jouir de cette musique extatique, jouissive et endiablée. « The Mark of Zorro », c’est comme un couteau-suisse moulé sur ressorts. Il peut aussi servir à mettre une ambiance des plus cordiales en soirée entre amis aux fourmis dans les jambes. Il ravira aussi les musicologues en mal d’analyse qui se délecteront des dialogues instrumentaux mis en scène par Bruno Regnier. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE octurn

3 décembre 2009

CD_OCTURNSi la musique d’Octurn est alambiquée, savante et labyrinthique, le collectif belge ne manque pas d’humour. Sur son site, la clique à Bo Van Der Werf fait une revue de presse originale de leur précédent disque. Oeuvre passionnante composée par Magic Malik et acclamée par la critique hexagonale, « XPs Live » en avait touché l’une sans faire bouger l’autre (comme dirait Jacques Chirac) de Marc Danval ( « un ennui pyramidal »). C’est le signe des grands disques que de provoquer amour et dégoût dans un même geste. Et ce nouveau double disque risque bien de connaître le même sort. Octurn n’en a cure et continue d’expérimenter à gogo pendant plus de deux heures. Pourtant « 7eyes » (www.octurn.com) marque un tournant dans la carrière du collectif. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE supersilent

30 novembre 2009

CDsupersilent“Revolution 9” auraient dit les Beatles de ce nouvel opus de Supersilent. Car avant d’aborder le tome 9 de leurs aventures expérimentales au pays de l’électronique, le combo norvégien a dû affronter un mini-tempête. Exit le batteur Jarle Vespestad resté aux côtés du pianiste Tord Gustavsen. Une fois en studio arrivée, la fourmi mutant Supersilent se retrouva donc fort dépourvue. Au lieu de se lamenter sur son sort, elle a choisi dans rentrer dans le lard sonore: Helge Stein, Arve Henriksen et Ståle Storløkken ont mis leurs instruments respectifs de côté pour se lancer dans une sérénade à trois orgues Hammond. Encore plus lugubre, étrange, asphyxiant, leur musique n’en ressort que plus intense. Jamais elle n’est apparue aussi voisine de la musique classique la plus contemporaine et osée, tendance Lygeti. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE emmanuel bex

27 novembre 2009

CD_BEX_EMMANUELPour certains, l’orgue Hammond, c’est ce truc rigolo qui met l’ambiance dans les stades de hockey sur glace. Pour d’autres, c’est la classe absolue de Jimmy Smith en plein trip. En France, Emmanuel Bex s’est imposé (avec/après Eddy Louiss) comme l’ambassadeur Ferrero Rocher de l’instrument. Et c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on découvre avec « Open Gate » (Plus Loin/Harmonia Mundi) l’organiste accompagné d’un trio qui lui va bien au teint. En 2001, son BFG (“Here and Now”) donnait plus de patate le matin qu’un bol de Ricoré aux hormones. Huit ans plus tard, Manu prend (quasiment) les mêmes et recommence: Simon Goubert reste bien accroché à ses fûts tandis que le trublion italien Francesco Bearzatti remplace le génial Glenn Ferris. L’alliage fait des merveilles tant le trio fait son cinéma sans la jouer diva. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE roy nathanson

23 novembre 2009

CDNATHANSONCriss Cross a des amis. Et oui. Le samedi soir, il passe même quelques disques pour mettre l’ambiance, provoquer la transpiration des plus fragiles, agiter les plus timides. Et c’est un bon test que de passer « Subway Moon » (Yellow Bird/Harmonia Mundi) de Roy Nathanson en soirée vers 22h pour échauffer tranquillement les esprits. Comme le Monsieur est peu connu et que son disque, sorti il y a quelques semaines, n’a pas fait grand bruit, la chose fait toujours son petit effet. Normal: difficile de trouver disque plus éclectique. A chaque morceau, une nouvelle voie est explorée: la soul entreprenante sur Love Train, le saxophone déchirant criant dans le désert mouillé (Alto Rain), le hip-hop seventies (Party), l’électro lounge do it yourself (Dear Brother). l’héritage d’Ornette Coleman (Orange Alert) (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE david sylvian

19 novembre 2009

CDSYLVIANDes jours et des heures à dormir sur une seule oreille dans l’attente d’un colis. Criss Cross aurait aimé jeter plus tôt sur le papier ses impressions sur ce nouvel opus de David Sylvian. Amazon et la Poste en ont décidé autrement. Never mind dirait Kurt Cobain, mieux vaut tard que jamais. D’autant qu’une fois écouté, « Manafon » fait tout oublier. Disque d’une beauté vénéneuse à couper le souffle et/ou les veines, « Manafon » (Samadhisound) plonge l’auditeur dans une langueur monotone bouleversante. A côté de David Sylvian, Leonard Cohen passerait pour un parrain de la fête de la bière à 4h du matin. C’est justement cette aridité qui rend « Manafon » si intense. Malgré les nombreux invités « free », Sylvian laisse sa voix prendre les devants. (Lire la suite…)

CHAMBRE D’ECOUTE julien lourau

11 novembre 2009

CDLOURAUL’oeil impitoyable du In&Out avait égratigné son port de chemise il y a quelques semaines lors de son passage à La Cigale. Mais, là, il s’agit de musique et c’est une toute autre paire de manches. Etrangement passé inaperçu lors de sa sortie, ce « Quartet Saïgon » (Naïve) est pourtant formidablement endimanché. Après moult expériences électro, Julien Lourau revient vers des compositions délicieusement fifties en compagnie d’un quartette en état de grâce (mention spéciale à Laurent Coq, véritable roseau pensant du piano et co-meneur du projet). Le Quartet Saïgon tisse les mélodies comme Spiderman les toiles, avec la spontanéité magnifique de l’adolescent qui découvre ses pouvoirs. Pourtant Julien Lourau est loin d’être un adolescent et les formidables pièges à tympans que sont Diaspora ou Walking on The Water révèlent un compositeur au sommet de son art. Le saxophoniste avait Wayne Shorter en tête lors de la genèse de ce projet. Le maître peut être fier de l’élève.

CHAMBRE D’ECOUTE ping machine

7 novembre 2009

CDPINGCinématographique, cyclotimique, extatique, éclectique, la musique de Ping Machine joue avec les -ique sans le moindre hic. Jeune big band dynamique et moderne à la patine vintage, la machine aussi bien huilée qu’un bodybuilder en compèt’ menée par le guitariste Fred Maurin frappe fort avec ce second disque très impressionnant. « Random Issues » (Neuklang) s’écoute comme une bande originale de film imaginaire: tour à tour sont convoqués au tournage Duke Ellington, Charles Mingus, Ornette Coleman, Gil Evans, non pour les dépouiller de leurs idées, mais pour s’en servir de patrons de couture. Dix morceaux fantastiques dont une suite, Machination, à faire pâlir de jalousie Bernard Hermann et les scénaristes de 24h Chrono. Treize musiciens qui font si bien bloc que l’intrusion, sur quelques titres, de deux invités inspirés (le pianiste Benjamin Moussay et le vibraphoniste Stephan Caracci) passe comme une lettre à la Poste en période de non-grève. Un disque aussi enchanteur qu’un Merlin des grands jours.